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rapport 2005 : les conditions de
détention en France - Chapitre Travail et formation professionnelle
OIP/La découverte, 2005, 288p.
Activités professionnelles
L’activité professionnelle des
détenus subit une profonde dégradation. L’offre de travail s’est réduite de
près de 30 % au cours des cinq dernières années. Quant au taux de
formation, il n’a jamais été aussi faible depuis dix ans. Au bout du compte,
seul un tiers de la population détenue a exercé en 2004 une activité rémunérée,
par le biais d’un emploi ou d’une formation professionnelle. Sans que les
mesures de « lutte contre l’indigence » ne viennent endiguer la
montée de la pauvreté en détention.
chiffres clés
Au 1er
janvier 2005, 64,75 % de la population carcérale est sans activité
professionnelle. Depuis 2002, le taux d’emploi en prison (hors formation
professionnelle) concerne moins d’un tiers de la population détenue et le taux
d’activité professionnelle (travail + formation professionnelle) oscille entre
33 et 37 %. Nombre moyen de détenus en formation professionnelle en
2004 : 2 645 (-10 % par rapport à 2003).
Contexte
« Pour les détenus au chômage, la situation
est souvent proche de la misère. Pour les détenus au travail, le pouvoir
d'achat tiré des fruits de leur activité est souvent insuffisant, le travail proposé
parfois abrutissant, les offres de formation professionnelle limitées et les
perspectives de réinsertion par ce biais quasi nulles. Pour les parties
civiles, les rémunérations obtenues par les détenus ne peuvent laisser espérer
une indemnisation conforme à celle à laquelle elles ont droit. Pour la société,
l'absence, durant la peine de prison, d'actions significatives en faveur de la
réinsertion socioprofessionnelle laisse craindre le pire à la sortie du détenu. ».
Formulé à l’automne 2002 par le sénateur de Paris Bernard Plasait, ce constat
en forme de réquisitoire est loin d’être caduc. Il attire l’attention sur les
caractéristiques contemporaines de l’activité professionnelle de la population
détenue. Au 1er janvier 2005, 64,75 % de la population carcérale
est sans aucune activité professionnelle. L’offre de travail s’est réduite de
près de 30 % au cours des cinq dernières années. Quant au taux de
formation, il n’a jamais été aussi faible depuis le début de la décennie. Au
bout du compte, seul un tiers de la population détenue a exercé en 2004 une
activité rémunérée, qu’il s’agisse d’un travail ou d’une formation
professionnelle. « Les détenus
employés à l’intérieur des établissements pénitentiaires travaillent dans des
conditions exorbitantes du droit commun. Les droits et protections normalement
associés à un contrat de travail ne sont accordés que partiellement ou pas du
tout ».
Absence de SMIC, de congés payés ou de congés maladie, absence de procédures de
licenciement et d’indemnités de chômage, absence de droits syndicaux (pas de
droits d’expression, de représentation et de grève) et impossibilité de saisir
le conseil des prud’hommes ou l’inspection du travail… demeurent les conditions
d’exercice du travail pénitentiaire. Leur
évolution est confrontée à deux exigences contradictoires :
développer l’offre de travail et de formation professionnelle d’une part,
respecter le droit commun et assurer des revenus décents d’autre part. En
effet, les contraintes auxquelles le travail carcéral est soumis font qu’il ne
peut être compétitif qu’à la condition d’offrir une main d’œuvre très bon
marché. Les pouvoirs publics ne peuvent dès lors qu’osciller entre de modestes
tentatives pour élever le niveau dérisoire des rémunérations, et la tentation
de miser sur un travail déqualifié à bas prix. Sortir de cette ornière
nécessite de changer d’optique et de soustraire le travail en prison d’une
logique de marché pour l’inscrire dans une démarche, soutenue par l’Etat, de
formation et de qualification. C’est ce que semble suggérer la députée Valérie Pécresse
lorsqu’elle demande une réflexion sur l’inscription du travail pénitentiaire
dans la cadre « d’un travail aidé ». Faute de quoi, les termes
de la loi qui assujettissent, depuis 1987, l’administration pénitentiaire à une
obligation de moyen la contraignant à prendre « toutes les dispositions
pour assurer une activité professionnelle aux détenus qui le souhaitent »
et à faire en sorte que, « dans la mesure du possible, le travail de
chaque détenu [soit] choisi en fonction non seulement de ses capacités
physiques et intellectuelles, mais encore de l’influence que ce travail peut
exercer sur les perspectives de sa réinsertion » resteront lettre
morte. Et les traits qui marquent plus que jamais le travail carcéral se
perpétueront : taux d’activité sujet à de très fortes variations selon la
conjoncture économique, très faibles rémunérations, absence, sauf rares
exceptions, de qualification et de valorisation possible sur le marché du
travail une fois la peine purgée. On est loin de l’esprit du Code de procédure
pénale lorsqu’il précise que « l’organisation, les méthodes et les
rémunérations du travail doivent se rapprocher autant que possible de celles
des activités extérieures afin, notamment, de préparer les détenus aux conditions
normales du travail libre ». Alors que l’ensemble des politiques
publiques, européennes et nationales, ont mis l’accent depuis 2002 sur la
notion « d’inclusion sociale » qui s’appuie quasi exclusivement sur
l’activité professionnelle, le champ carcéral se prive de ce support qui
garantit aux personnes certaines sécurités fondamentales, à la fois du point du
vue citoyen, économique et social. Citoyen, car toute personne qui travaille
contribue à l’activité économique (et pas seulement marchande) de la
société ; elle participe aussi à la solidarité et à la protection sociale
nationale par ses cotisations financières. Economique, car toute personne
vivant de son activité ne dépend ni de l’action sociale, ni de l’entraide ou de
la charité. Et, garantir un travail en prison, c’est aussi assurer un seuil de
revenu qui permette d’endiguer la dépendance aux trafics comme
l’appauvrissement et la dégradation des conditions de vie des proches dont les
détenus sont à la charge. Social, car initier un rapport au travail en prison,
c’est développer des compétences, des aptitudes, des savoirs-faire et
savoirs-être utiles et préalables à la construction de tout projet
d’insertion ; c’est aussi prévenir les « sorties sèches » dont
on sait qu’elles augmentent le risque de récidive. C’est tendre vers la dignité
des personnes, d’autant que le renforcement de ces compétences, dites
« psychosociales », participe de la prévention des violences, contre
soi (suicide) ou autrui.
| Le 26 novembre 2003, la Commission
nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) a rendu un avis dénonçant le
chantage au travail pratiqué au centre pénitentiaire de Maubeuge (Nord). « Monsieur H. [premier surveillant] m’a
proposé un marché : si je voulais travailler et récupérer mes grâces, il
fallait que je dénonce celui qui possédait un portable et les personnes qui
sont en possession de cannabis, sinon je ne récupérais ni mes grâces ni mon
travail ». C’est par ce courrier d’une personne incarcérée dans
l’établissement et envoyé le 30 décembre 2002 à l’OIP que l’affaire débute. En
janvier puis en mars 2003, les témoignages de deux autres détenus viennent le
conforter. L’un évoque « chantage » et « menaces ». Devant la CNDS,
il précise : « il n’y a que M.
H. qui fasse du chantage. Il le fait souvent pour que je dénonce les détenus
qui ont un portable ou du cannabis. Sinon, il rejette les demandes (permission,
conditionnelle) ». L’autre fait état de violences : « Au bâtiment Est, cellule 101, un
détenu s'est fait frapper à mort par M. H. et trois surveillants, et ce n'est
pas la première fois que ça arrive », affirme-t-il. Un ensemble de propos dont la fiabilité est qualifiée de « fortement sujette à caution »
par la direction régionale des services pénitentiaires de Lille, chargée au
printemps 2003 d’une enquête par le ministère de la Justice après une première
interpellation de la CNDS. Mais cette dernière ne partage pas cette opinion.
Dans son avis remis au garde des Sceaux, elle affirme en effet que « la direction régionale n'avait pas
connaissance du détail des accusations portées par les trois détenus »
et souligne que « les pressions ou intimidations dénoncées par
les détenus Z. et Y. ont été confirmées par des fonctionnaires de
l’administration pénitentiaire. » En conséquence, elle recommande à l’administration
de « s’interdire de rechercher des
renseignements en exerçant des pressions et manœuvres d’intimidations sur des
détenus que leur âge, leurs dispositions de caractère ou leur situation
économique rendent vulnérables et qui doivent, au contraire, être aidés en vue
de pouvoir se réinsérer dans la société ». |
Les
données relatives au travail en prison témoignent d’une profonde
détérioration. « Plusieurs
indicateurs attestent de la récente dégradation du travail en prison »,
indique Valérie Pécresse, dans son avis au nom de la commission des lois de l’Assemblée nationale lors de l’examen du
projet de loi de finances pour 2005. Et ce contexte ne paraît « pas propice, à ce stade, à la mise en œuvre
des recommandations formulées par notre ancien collègue, M. Paul Loridant
(développement de l’offre de travail, amélioration de la dimension
professionnelle des activités …) »,
ajoute son homologue du Sénat, Philippe Goujon. L’inquiétude de ces deux
parlementaires n’est pas sans fondement. Avec des taux d’emploi qui s’établissent consécutivement
à 30,49 % en 2003 (au 1er janvier), 26,17 % en 2004 et 28,17 % en
2005, la proportion de détenus disposant d’un travail s’est considérablement
restreinte par rapport à la situation observée en 2000 (39,28 %). Cette
réduction de l’offre de travail de près de 30 % en cinq ans intervient
alors même que le Sénat a quantifié à hauteur de 10 000 la carence
d’emplois en détention. Une estimation réfutée par le ministère de la Justice
qui, évaluant « à 2 500 le nombre de
personnes détenues demandeuses d'emploi, inscrites sur listes d'attente »,
en conclut sans sourciller que « la
plus grande part des demandes d'activité de travail est donc normalement
satisfaite dans un délai de quelques jours à quelques semaines ». En
2004, selon les données de l’administration pénitentiaire, qui comptabilise
tout détenu employé dans l’année, même pour quelques jours, 16 677
personnes ont travaillé en prison. Un chiffre représentatif de la période
récente puisqu’il oscille entre celui de 2002 (16 891) et celui de 2003 (15 504).
La personne qui travaille en prison peut être employée en concession
(entreprises privées), être affectée au service général de l’établissement ou
participer à la production du service de l’emploi pénitentiaire (SEP, ateliers
publics). En moyenne annuelle rapportée à l’effectif des détenus au 1er
janvier 2005, 8 858 détenus travaillaient pour une entreprise
(53,1 %), 6 635 au service général (39,8 %) et 1 184 en
ateliers (7,1 %). Au regard des données de l’année 2000, ces chiffres
signifient des baisses respectives de 13,51 % pour le travail en
concession, de 8,78 % au sein du service général et de 7,13 % dans le cadre du
SEP. Concernant ce dernier, toute perspective d’évolution favorable semble hors
de propos. En effet, selon Philippe Goujon, la situation financière du service de l’emploi
pénitentiaire qui gère le compte de commerce de la Régie industrielle des
établissements pénitentiaires (RIEP) « apparaît
préoccupante » et « laisse présager des difficultés pour
le financement de sa production au cours de l’année 2005 ».
| Après avoir dénoncé des trafics
organisés au sein d’un atelier de la maison d’arrêt dans laquelle il est
incarcéré, une personne détenue a été déclassée en décembre 2004 au motif de
« faible productivité et mauvaise
qualité du travail » à la demande du concessionnaire qu’il mettait en
cause et dont les pratiques font l’objet aujourd’hui d’une instruction. Dans une situation d’extrême précarité, le détenu a
finalement retrouvé un emploi cinq mois après, la direction de l’établissement
ayant fait pression sur les entreprises qui ne voulaient plus l’embaucher.
Outre l’irrégularité des périodes d’activité effective, le taux horaire net du
travail à la pièce proposé par les différents employeurs présents dans cette
maison d’arrêt n’a jamais dépassé 2 €. |
Aucune
mesure d’envergure n’a été prise pour réduire les grandes inégalités d’accès au travail existantes entre les établissements pénitentiaires,
constatées en 2000 par les commissions d’enquête parlementaires puis en 2002
par le sénateur Paul Loridant.
La commission des lois du Sénat estime qu’en 2004, « le travail en prison a concerné 32 % de la population détenue en maison
d’arrêt et 55 % en établissement pour peine ». Evoquant la
dégradation de l’offre de travail constatée au sein du parc public
pénitentiaire, l’Assemblée nationale remarque que « la baisse du nombre des journées travaillées est variable selon la
catégorie d’établissements puisqu’elle atteint 21 % en maison d’arrêt et 9 %
dans les établissements pour peine ». A la maison d’arrêt de
Mont-de-Marsan (Landes), le rapport d’activité pour l’année 2004 indique qu’un
« concessionnaire a offert un travail durant dix mois en 2001, il a
occupé quatre détenus à la confection d’emballages. Depuis aucun travail
pénitentiaire n’a été proposé vu
l'absence d'atelier et l'exiguïté des locaux ». Hormis quelques
établissements privilégiés, tel le centre de détention d’Oermingen (Bas-Rhin)
qui, en 2004, pouvait se targuer d’un taux de satisfaction des demandes
d’emploi de 82,7 %, la plupart des établissements ne peuvent répondre à la
demande de travail. Ainsi, à la maison d’arrêt de Villepinte
(Seine-Saint-Denis), certains détenus sont contraints d’attendre huit à dix
mois, voire un an, pour pouvoir exercer une activité rémunérée. Bien souvent,
l’absence ou l’inadaptation des locaux de travail (surface, accès) sont en
cause, ainsi que la pauvreté de l’environnement économique ou du bassin
d’emploi. Ainsi, le rapport d'activité 2003 de la maison d’arrêt de Rodez
(Aveyron) considère que « le manque
de locaux est le facteur le plus contraignant pour l'augmentation de l'activité
de travail en concession ». Pour le rapport d’activité 2003 de la
maison d’arrêt d’Albi (Tarn), l'étroitesse des locaux « ne permet pas de développer des actions de
formation ainsi que le travail pénitentiaire dans le quartier hommes ».
Dans le rapport d’activité 2003 de la maison d’arrêt de Coutances (Manche),
c’est « l'infrastructure de
l'établissement » qui « ne
permet pas la création d'ateliers de concessionnaires, qui permettraient de
répondre à la demande de travail de la part de la population pénale ».
D’après le rapport d'activité du centre pénitentiaire de St-Martin-de-Ré (Charente-Maritime), « en 2003, 75 % des détenus avaient une
activité professionnelle, contre seulement 60 % en 2004. Désormais un détenu
qui est incarcéré dans l’établissement attend environ 3 mois avant de pouvoir
travailler ». Certains établissements font alors le choix de proposer
un travail en cellule, ce qui ne va pas sans désagréments. « Le travail en cellule représente 75 % de
l'activité globale des rémunérations du travail pénitentiaire »,
estime le rapport d'activité 2003 de la maison d’arrêt de La Santé (Paris),
mais « il pose cependant des
problèmes d'hygiène et de sécurité dans l'établissement, sachant qu'il y a
totale concordance entre lieux de vie et de travail. L'objectif des années à
venir est de créer des ateliers et d'optimiser d'actuelles surfaces
existantes ». Même tonalité à la maison d’arrêt de Reims (Marne), où
la commission de surveillance note en février 2005 : « la maison d'arrêt ne dispose pas d'un
atelier de travail pénal. Ainsi, la promiscuité aidant, le travail pénal est
source de diverses gênes. Rappelons que le PV de l'année 2004 prévoyait une
réalisation d'une surface d'environ 250 m² dont les travaux devaient débuter en
janvier 2005. Ce projet est reporté ». Une direction régionale des
services pénitentiaires comme celle de Lille a donné pour consigne aux chefs
d’établissements de « réduire le
travail en cellule au profit du travail en atelier de production ».
Une aspiration qui est contrariée, au sein d’autres établissements comme la
maison centrale d'Ensisheim (Haut-Rhin), par des considérations liées à la
sécurité qui conduisent d’ailleurs à refuser certaines offres de travail. Comme
le déplore le rapport d’activité 2003, « la maison centrale est ponctuellement saisie de propositions d'emplois
dans le domaine informatique. Toutefois, une des difficultés auxquelles se
heurte l'établissement réside dans le souhait des employeurs potentiels
d'utiliser Internet ». En règle générale, de l’aveu même du garde des
Sceaux, « l’offre de travail est
parfois réduite, voire quasi inexistante »
dans les petites maisons d’arrêt, du fait notamment de la rotation de leur
population pénitentiaire, qui passe en moyenne quatre mois entre les murs. A ce
sujet, le rapport d'activité 2003 de la maison d’arrêt de Gap (Hautes-Alpes)
est on ne peut plus explicite : « il
n'y a pas de travail en concession à l'établissement ». La réalité
observée dans les établissements de plus grande taille n’est guère plus
avantageuse. Ainsi, pour ce qui est du centre pénitentiaire de Perpignan
(Pyrénées-Orientales), le rapport d'activité 2003 indique : « neuf sociétés ont signé un contrat de
concession de main d'œuvre avec l'administration pénitentiaire ; elles
n'apportent cependant qu'une faible activité, puisque la moyenne des postes de
travail ainsi ouverts ne s'élève qu'à une trentaine - ce chiffre étant loin de
satisfaire les besoins exprimés, notamment parmi les détenus du centre de
détention. » En effet, en juillet 2003, 335 détenus occupaient le
quartier centre de détention de cet établissement. Ces situations ne sont pas
sans conséquences. « Depuis le
printemps 2002, l'atelier est passé de 22 travailleurs actifs quotidiens à 5
détenus », déplore en 2003
la commission de surveillance de la maison d’arrêt d’Alençon (Orne), ajoutant,
« c'est une situation
catastrophique par rapport aux engagements pris quant aux remboursements des
parties civiles ». En outre,
comme le constatait déjà le Sénat en 2002, « compte tenu du nombre de
détenus à employer, des faibles qualifications et des contraintes matérielles,
l’administration pénitentiaire a très fortement développé les industries de
main-d’œuvre », autrement dit « des secteurs d’activités
aujourd’hui touchés de front par la mondialisation ». Aussi, « malgré
des rémunérations qui n’ont pourtant aucune commune mesure avec celles de
l’extérieur », le travail pénitentiaire « ne parvient pas à
être compétitif par rapport aux économies d’Europe de l’Est, du Maghreb ou de
l’Asie du Sud-Est ». Constat aujourd’hui réitéré par la députée
Valérie Pécresse qui explique que « le travail pénitentiaire semble pâtir de certaines délocalisations des
activités de main d’œuvre vers les pays de l’Europe centrale ». A la maison d’arrêt de Nanterre
(Hauts-de-Seine), le rapport d’activité souligne que « les difficultés
liées au ralentissement économique de 2002 se sont poursuivies en 2003, l’année
2004 n’ayant pas été plus favorable. Les entreprises clientes privilégient
l’emploi de leur propre personnel et réintègrent l’activité sur leur site.
Certaines ont tendance à la délocalisation de leur production dans les pays à
faibles coût de main-d’œuvre, pays de l’Est, de l’Europe ou de l’Asie ».
Même problème à la maison d’arrêt d’Aix-Luynes (Bouches-du-Rhône), où l’atelier
de clouterie, présent dans l’établissement depuis 1990, a été délocalisé fin
2004 en Chine. En 2004, la maison d’arrêt de Tours (Indre-et-Loire) a, quant à
elle, vu le nombre de détenus travaillant en concession baisser de 72,6 % par
rapport à 2003, passant de 476 à 130. Une étude comparée portant sur le travail
dans les prisons françaises, anglaises et allemandes souligne la tendance à « la
délocalisation de la production à fort coefficient de main d’œuvre - le point
d’appui des ateliers pénitentiaires - dans des pays en voie de
développement ». Les causes de cette évolution font l’objet d’un
constat unanime : « les faiblesses soulevées par les travailleurs
s’accordent en grande partie avec l’analyse des experts du terrain : durée
de travail trop restreinte, écourtée davantage par des mesures de sécurité,
locaux inadaptés et équipement dépassé, organisation inefficace, manque de
formation commerciale, main d’œuvre démotivée ».
Et de conclure que « toute entreprise extérieure travaillant sous les
mêmes contraintes serait vouée à l’échec ». Enfin, concernant l’accès
au travail, une commission pluridisciplinaire d’orientation et de classement
est théoriquement chargée d’étudier toutes les demandes des détenus et de
formuler des propositions. Cependant, une décision de classement n’entraîne pas
forcément une activité rémunérée. Ainsi, comme le souligne le rapport
d'activité 2003 de la maison d'arrêt de Grasse (Alpes-Maritimes), « il arrive qu'un nombre relativement
important de détenus classés ne soit pas appelé en poste de travail en raison
de l'absence d'offre de travail ». Dans le bilan de PACTE 2,
l’objectif consistant à « améliorer
la cohérence des dispositifs d’insertion professionnelle » est mesuré
par plusieurs indicateurs dont l’un porte sur le nombre de demandes d’activité
rémunérée étudiées par la commission, au regard du nombre de détenus ayant
formulé une telle demande. Les résultats attendus par l’administration centrale
témoignent du chemin qui reste à parcourir pour parvenir à l’objectif « le plus novateur » de PACTE 2 qui
consiste à « procurer une activité
rémunérée à tout détenu qui en fait la demande » : 60 % en
maisons d’arrêt et 80 % en établissement pour peine.
« La réponse à la question de savoir si le
travail est au service de la réinsertion est négative pour la plupart des
emplois », déplore l’auteur d’une recherche dont les résultats ont été
publiés en 2005 sous l’égide du ministère de la Justice.
En effet, on ne compte plus les avis ou rapports parlementaires s’interrogeant,
un rien dubitatifs, sur la valeur en matière de réinsertion d’activités aussi
diverses que le tri d’oignons ou la réalisation d’échantillons de maquillages
et de rouges à lèvres. « Aucune… », conclut le rapport du
sénateur Loridant en 2002, prônant une hausse de la qualification du travail proposé. La situation
générale semble pourtant n’avoir guère évolué. Le rapport d’activité 2003 de la
maison d’arrêt de Belfort (territoire de Belfort) évoque un travail « malheureusement saisonnier, qui n’a fourni
du travail qu’en mars 2003 » à six détenus et qui consiste « à
passer des lacets dans les maillots de bain ». Une quinzaine de
détenus de la maison d’arrêt de Guéret (Creuse), ont pour leur part œuvré en
2003 au montage de pinces à linge en plastique. Quant au rapport d'activité
2003 du centre de détention de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), il illustre en
quoi peut consister le travail en atelier : « ossature d'abat jour, publicité sur objet, confection de cintres
plastiques, insertion, collage, pliage papier... ». Pour sa part, le
rapport 2004 de la commission de surveillance du centre de détention de
Saint-Mihiel (Meuse) souligne que « les travaux réalisés sont
essentiellement des activités de façonnage ». En Basse Normandie,
« les travaux fréquemment confiés
aux détenus (montage, pliage, collage...) procurent à ceux-ci une occupation
fort utile mais réclament peu, voire aucune compétence particulière. De ce
fait, ils ne peuvent être considérés comme des outils de réinsertion
professionnelle suffisants. »
De plus, l’accès au travail est soumis à un système de classement établi selon
le comportement en détention des personnes. Des incidents disciplinaires
répétés peuvent aboutir à un déclassement, réduisant d’autant les perspectives
d’accès à une activité rémunérée. Les déclassements pour motif sécuritaire sont
monnaie courante et se pratiquent sans réel examen de la situation économique
du détenu. Ainsi, en juillet 2004, après avoir contesté une décision de
transfert, un détenu de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) a été
condamné à dix jours de quartier disciplinaire et au déclassement définitif de
son emploi de bibliothécaire. Comme en témoigne le rapport 2004 de la
Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), à ces sanctions
disciplinaires s’ajoute souvent le chantage exercé par les surveillants qui
menacent de priver de travail les détenus perturbant la détention ou ne se
montrant pas assez coopératifs.
« L’exercice
du travail en détention présente des particularités qui ne peuvent être
occultées, et permettent de douter de la pertinence, en termes juridiques, de
la conclusion d’un contrat de travail. En effet, les relations nées de l’état
de détention « surdéterminent » toutes les autres relations et, en
l’espèce, les relations liées au travail en milieu pénitentiaire ». Telle
est la fin de non recevoir opposée par le gouvernement
à la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) qui
constatait que « l’absence de contrat de travail, outre qu’elle permet
des rémunérations très faibles, induit de multiples dérogations au droit commun
qui sont préjudiciables aux détenus ».
Ainsi, le détenu peut, sans aucune compensation, perdre son emploi, si le
travail vient à manquer ou par mesure disciplinaire. Il ne dispose pas d’une
durée de travail définie, ni du droit d’être représenté auprès de l’employeur
et encore moins de celui de se syndiquer. La Commission recommandait donc que
l’application du Code du travail concerne « à tout le moins les
éléments essentiels de la relation individuelle de travail ». Le
gouvernement écarte par sa réponse toute introduction du droit du travail en prison, laissant le détenu au
travail dénué de tout statut juridique de salarié et à l’écart des acquis
sociaux du monde extérieur. Les particularités invoquées sont selon lui « de
nature à interférer de façon soudaine et contraignante sur les obligations dont
chacune des parties est censée s’acquitter, par exemple, en cas de fermeture
d’un atelier pour motif de sécurité, « déclassement » d’un détenu
pour des motifs de discipline en détention, transfert d’un détenu d’un
établissement à l’autre sur décision judiciaire ou pénitentiaire ».
S’agissant de la relation de travail nouée entre le détenu et son employeur, le
gouvernement concède tout de même que « le faible niveau de normes qui
encadrent cette relation, ainsi que quelquefois leur imprécision, ne sont pas
de nature à valoriser le travail ». C’est pourquoi, compte tenu des
impératifs de sécurité, il a déclaré étudier la possibilité de mettre en place
« une forme spécifique de relation de travail du type d’un
« engagement de travail », qui n’a pas la valeur juridique d’un
contrat de travail, conclu entre l’établissement pénitentiaire et le détenu et
relevant du droit public (…), empruntant au contrat de travail des droits et
des obligations, soit directement transposables, soit adaptés, notamment en ce
qui concerne la fixation de la rémunération en pourcentage du SMIC ou les
conditions de la rupture hors motif disciplinaire, par exemple pour
insuffisance professionnelle ». Suite au PACTE 2, certains ateliers,
dont ceux de la RIEP, disposent déjà d’un « support d’engagement
professionnel ». Un document sans valeur juridique et venant
simplement préciser le contexte de la relation de travail dont le CREDOC
avait souligné la profonde inconsistance, notamment en ce qui concerne les
obligations incombant à l’employeur.
| En
janvier 2005, le conseil de prud'hommes de Marseille, saisi par une ex-détenue
de la prison des Baumettes (Bouches-du-Rhône) ayant travaillé pendant sa
détention et qui réclamait le même SMIC horaire que les salariés de
l'extérieur, s'est déclaré incompétent, au motif qu’aucun contrat de travail ne
lie une personne détenue à son employeur. Violette Martinez, 48 ans, détenue
pendant deux ans et demi, avait assigné en septembre la SARL Serge Laskar, un
concessionnaire de l'administration pénitentiaire spécialisé dans la
fabrication d'emballages de luxe pour la parfumerie. La détenue, longtemps
affectée à l'atelier de la prison pour femmes, se plaint de ne toucher qu'un
Smic horaire brut pénitentiaire de 3,10 € en maison d'arrêt contre 7,19 €
à l'extérieur. Le conseil de prud'hommes a estimé que l'entreprise Laskar
n'était pas l'employeur de Mme Martinez et que cette dernière n'avait pas le
statut de salariée. « Légalement,
a expliqué Me Jean-Marc Montanaro, avocat de Violette Martinez, il n’existe pas de contrat de travail en
milieu carcéral. La raison en est que l’administration pénitentiaire impose aux
sociétés concessionnaires des détenus et des salaires sans possibilité de choix. »
Mais, a-t-il poursuivi, dans le cas de Mme Martinez, « on se trouve avec une société qui la choisit
précisément pour effectuer une fonction donnée, fixe son poste, sa cadence de
travail, sa rémunération plus d’éventuelles primes, la fait travailler sous la
direction d’un contremaître de la société, et qui, in fine, est le bénéficiaire
économique du travail ». Mme Martinez a fait appel. |
Considéré
par le ministre de la Justice comme étant « faible, de l’ordre de 50 % des salaires moyens pratiqués à l’extérieur »,
le niveau des rémunérations des détenus n’a pourtant pas connu
d’évolution majeure sur la période observée. Depuis le 1er janvier 2002, un seuil minimum de rémunération
(SMR), qui s’est substitué au salaire minimum de l’administration pénitentiaire
(SMAP) et indexé sur l’évolution du salaire minimum de croissance (SMIC), est
censé garantir les revenus du travail en ateliers de production. Pourtant,
« les rémunérations brutes versées
durant l’année 2003, qui se sont élevées à 36 531 138 euros, sont en diminution
de 4 % par rapport à 2002. Cette baisse atteint même 12 % si l’on compare
la situation observée en 2003 à celle prévalant en 2001 », rapporte Valérie Pécresse. Pire, à
la maison d’arrêt d’Evreux (Eure), le rapport d’activité 2003 fait état d’une
« baisse générale de la masse salariale aussi bien en atelier de
production qu’au service général » qu’il impute à « la
valorisation du taux horaire par rapport au SMAP (…) qui a fait
fuir deux concessionnaires ».
L’administration pénitentiaire recense pour 2004 des rémunérations nettes
mensuelles qui se sont élevées en moyenne à 348 € en concession,
178 € au service général et 489 € au service de l’emploi
pénitentiaire. Ces chiffres ne tenant pas compte des périodes d’inactivité,
pourtant fréquentes en détention, ils ne reflètent aucunement le niveau réel
des revenus salariaux. D’autant plus que le constat de la commission des
finances du Sénat
établissant que « pour les détenus payés à la pièce, l’écart de
rémunération varie entre 100 et 1 000 euros par mois, soit de un à
dix » reste d’actualité. Une situation qui semble ne pas troubler
outre mesure le ministère de la Justice. En effet, si celui-ci admet que le
travail à la pièce « est à l’origine
de niveaux de rémunération très différenciés chez les personnes détenues eu
égard à leur investissement personnel dans les activités de travail, mais aussi
à l'absence de qualification de certains travailleurs, de la faiblesse de leur
productivité, et donc de leur rémunération », c’est pour
ajouter que « ce mode de
rémunération, au résultat et non au temps passé dans l'atelier, permet de
proposer un emploi au plus grand nombre de détenus, sans en écarter certains
pour insuffisance ». Cette dernière affirmation doit cependant être
mise en perspective avec d’autres considérations : « Un détenu doit disposer d’un minimum de 50 €
par semaine pour se procurer les items de base de la cantine. Le calcul est
vite fait : les détenus travaillant au service général ou ceux qui sont en
formation ne disposent même pas de ce montant, sans parler de l’impossibilité
d’indemniser les parties civiles ou d’accumuler un pécule de libération ».
Ainsi, au centre de détention d’Eysses
(Lot-et-Garonne), la commission de surveillance rapporte qu’en 2003,
« les détenus travaillant au service
général ne gagnent que 100 € environ. Une fois qu'ils ont payé la télévision
(34,30 €), le frigo (6,10 €), un peu de cantine, il ne leur reste rien ».
Quant au rapport d'activité 2003 du centre pénitentiaire de Lannemezan
(Hautes-Pyrénées), il note que « les
détenus sont confrontés à une réalité certaine : ils doivent beaucoup plus
compter sur leur propre contribution pour améliorer le quotidien, financer le
"superflu" en complément du gîte et du couvert assurés par
l'administration ». Par ailleurs, comme le souligne le rapport d'activité
du centre pénitentiaire de Caen (Calvados), « l’insuffisance de rémunérations pour valider des trimestres comptant
pour le calcul de la retraite » explique que certains détenus refusent
de travailler dans de telles conditions. Au sein des ateliers de production
(des établissements à gestion publique et mixte), le seuil horaire minimum de
rémunération s’élève pour l’année 2005 à 3,27 € en maison d’arrêt et à 3,54 €
en établissement pour peine, soit environ 45 % de la valeur du SMIC horaire
(7,61 €). Qui plus est, sur ces montants bruts, l’administration opère le
prélèvement des cotisations sociales (URSSAF, CSG, CRDS). Quant au service
général, la rémunération journalière moyenne oscille entre 7 et 12,55 €, selon
le niveau de qualification des postes. Outre leur faiblesse, ces taux horaires
restent théoriques et sujets à toutes les variations. Ainsi, les bulletins de
paie délivrés à une personne détenue au centre pénitentiaire de St
Quentin-Fallavier (Isère) indiquent une période de travail de 114 heures,
rémunérée 1,6 € brut de l’heure en août 2003. En janvier 2004, ce taux
s’élève à 1,25 € pour 102 heures. En avril, à 1,40 € pour 48 heures. En
août, à 2,40 € pour 120 heures. Et en octobre de la même année, à 3,56 € pour
120 heures. Même situation au sein du centre de détention de Loos (Nord) où le
taux horaire varie mensuellement entre 1,91 € pour 48 heures travaillées en
février 2005, 0,48 € pour 120 heures en mars et 22,8 € pour 6 heures en avril.
Au sein des ateliers de confection, comme le consigne le rapport d’activité
2003 du centre pénitentiaire de Rennes (Ille-et-Vilaine), « toutes les ouvrières intégrant les ateliers
bénéficient d'une période de formation d'une ou deux semaines suivant la
difficulté du poste. Celle-ci est rémunérée par le CNASEA pour un montant de
2.26 € de l'heure. Ensuite elles sont rémunérées à la pièce suivant un tableau
de barème de salaire variant de 3.36 € minimums à 4.58 € de l'heure suivant le
niveau de qualification du poste de travail. Cependant, au service Coupe, la rémunération
se fait à la journée. Les salaires oscillent généralement entre 150 à 650 €
mensuel suivant leur productivité et leur assiduité ».
| A
l’issue de sa visite du 7 avril 2005 au centre de détention d’Eysses
(Lot-et-Garonne) l’inspecteur du travail a relevé que deux des quatre ateliers
présentaient de « graves dysfonctionnements mettant purement et
simplement les détenus et les personnels de l’administration pénitentiaire en
danger ». Nombres de ces dysfonctionnements avaient déjà été constatés
par les services d’inspection en 1999, 2000 et 2001. Le plus grave d’entre eux
était le risque d’incendie repéré dans un atelier de fabrication de chaises
« du fait d’une part de l’absence de conformité des installations
électriques de ces ateliers, d’autre part du fait de l’utilisation importante
de produits hautement inflammables au sein de ces mêmes ateliers sans aucun
respect des règles relatives à l’entreposage ou à la manipulation de ce type de
produits ». Un second atelier de travail du bois présentait quant à
lui un « risque mécanique »
lié à la non protection des parties dangereuses des machines de découpe et de
ponçage mises à disposition des détenus et un « risque cancérigène lié à l’exposition aux poussières de bois
inhalables ». L’inspecteur a rappelé au concessionnaire que « ces observations [lui] avaient déjà été formulées
par différents courriers notamment en 2000 et 2001 ». |
S’agissant
de l’application des mesures
d’hygiène et de sécurité prévues par le Code du travail,
l’immobilisme des pouvoirs publics est tout aussi manifeste. Comme le montrent
les rapports des services de l’inspection du travail, les dysfonctionnements
repérés sont peu pris en compte, voire sont ignorés, et ce, malgré les nombreux
rappels à l’ordre et les avertissements quant aux dangers encourus. Ainsi, au
centre de détention de Montmédy (Meuse), un rapport d’inspection relève en 2003
que des équipements présents dans trois ateliers différents auraient dû faire
l’objet d’une mise en conformité au plus tard au 1er janvier 1997.
En 2004, à la maison d’arrêt du Havre (Seine-Maritime), l’inspecteur du travail
note dans son rapport que « s’agissant de l’atelier technique, les même
remarques que celles formulées dans mon rapport du 5 avril 2001 sont toujours
en vigueur », à savoir la non conformité d’une perceuse et d’une
tronçonneuse à métaux, l’absence de ventilation de certains locaux où sont
entreposés des produits toxiques et l’absence de chauffage en hiver. A la
maison d’arrêt de Rouen (Seine-Maritime), l’inspecteur indique en 2004 qu’il
« confirme les commentaires déjà effectués dans un de [ses] précédents
courriers en date du 31 octobre 2002, notamment sur les vérifications
périodiques obligatoires (installations électriques, extincteurs,…) pour
lesquels chaque intervenant en renvoie la charge sur l’autre ». L’inspection du travail a pointé
l’insuffisance du captage des fumées toxiques dans les ateliers des
établissements pénitentiaires d’Epinal (Vosges), Argentan (Orne), Saint Malo
(Ille-et-Vilaine), Valence (Drôme), Villepinte (Aude), Bar-le-Duc (Meuse),
Montmédy (Meuse), Rouen (Seine-Maritime), Dijon (Côte d’Or), Evreux (Eure) et
Alençon (Orne). Au centre pénitentiaire des Baumettes à Marseille
(Bouches-du-Rhône), une détenue a ainsi été victime, le 10 février 2004, d’un accident
de travail suite à l’inhalation d’un produit de nettoyage toxique dans
l’atelier de cartonnage d’un concessionnaire. Lors de l’enquête de l’inspection
du travail, ce concessionnaire a par ailleurs fait l’objet d’une mise en
demeure pour ses équipements jugés non conformes. Cet atelier est fermé depuis
cette date. La conformité des outils de travail a également été mise en cause
au centre pénitentiaire de Draguignan (Var) suite à un accident survenu le 3
juin 2003. Une détenue travaillait dans un atelier de moulage de pièces de
plastique quand sa main a été broyée dans une machine thermoformeuse. Les
résultats d’une première expertise ont été jugés « affolants »
par le parquet qui, de sa propre initiative, a ouvert une information
judiciaire en septembre 2003. Parmi les sites inspectés, la sécurisation des
équipements a fait également défaut dans les ateliers des établissements de
Nantes (Loire-Atlantique), St Malo (Ille-et-Vilaine), Montmédy (Meuse), Dijon
(Côte d’Or), Evreux (Eure), Varces (Isère) et Bayonne (Pyrénées-Atlantiques).
En outre, malgré l’obligation de vérification annuelle des installations
électriques, la quasi-totalité des établissements inspectés en 2004 et 2005
dérogent à cette règle. Autre manquement relevé dans tous les établissements,
l’absence de formation des détenus en matière de sécurité, alors même que
l’article L 230-2 du Code du travail prévoit que « le chef d'établissement prend les mesures
nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale
des travailleurs de l'établissement, y compris les travailleurs temporaires.
Ces mesures comprennent des actions de prévention des risques professionnels,
d'information et de formation ainsi que la mise en place d'une organisation et
de moyens adaptés ». Les spécificités architecturales des ateliers
de travail pénitentiaire, exigus et parfois archaïques, peuvent expliquer en
partie le déficit d’application des règles relatives à l’hygiène et la sécurité
des travailleurs. D’autre part, comme le constatait le sénateur Paul Loridant,
« dans la quasi totalité des établissements, les contrôles de
l’inspection du travail et de la caisse régionale d’assurance-maladie sont
déclenchés par les directeurs d’établissement : le contrôle des ateliers
pénitentiaires ne paraît pas être dans les priorités de l’inspection du
travail. Celle-ci ne pratique pas de contrôles inopinés ». Dans ces
conditions, de nombreux établissements ne subissent pas de contrôle :
Mauzac (Haute-Garonne), Neuvic-sur-l’Isle (Dordogne), Cahors (Lot), Périgueux
(Dordogne), Lure (Haute-Saône), Auxerre (Yonne), Aiton (Savoie), Agen
(Lot-et-Garonne), Vesoul (Haute-Saône), Orléans (Loiret), etc., n’ont fait
l’objet d’aucune intervention de l’inspection du travail en 2002, 2003 et 2004.
A la maison d’arrêt de Saint Brieuc (Côtes-d’Armor), aucun inspecteur n’est
venu depuis dix ans. Déjà fortement limitée au niveau de ses prérogatives pour
faire respecter ses injonctions, l’inspection du travail se montre donc par
trop irrégulière pour que son action participe effectivement au rapprochement
entre le travail pénitentiaire et le travail libre.
En 2005, un détenu incarcéré à
la maison d’arrêt de Villeneuve-les-Maguelone (Hérault) a demandé son transfert
vers le centre de détention de Mauzac (Haute-Garonne) afin d’y suivre une
formation d’horticulture au sein d’une pépinière située près du domicile de sa
mère. Malgré un premier avis favorable, il est transféré quatre mois plus tard
au centre pénitentiaire de Perpignan (Pyrénées-Orientales) sans autre motif
apparent que la surpopulation. La direction de Perpignan décide finalement de
le transférer provisoirement au centre de détention d’Uzerche (Corrèze). Une
fois là-bas, il apprend que son transfert est définitif. Il s’aperçoit que plus
il souligne l’importance de son transfert à Mauzac, plus sa situation se
détériore (déclassement, six changements de cellules en huit mois).
|
| Placé un mois à l’isolement en
raison de son statut de fonctionnaire de police avant d’être transféré dans une
aile dite « protégée », un homme, incarcéré à partir du 27 janvier
2004 à la maison d’arrêt de Douai (Nord), a été privé de tout suivi
socio-éducatif et psychologique. Les multiples démarches effectuées par ce
détenu en vue de participer à des activités socio-éducatives et de bénéficier
de formations sont restées vaines. L’administration lui a même
conseillé de retirer sa demande d’autorisation de suivre des cours qui
impliquerait un retour en détention « normale » où sa sécurité ne
serait pas assurée. Le service pénitentiaire d’insertion et de probation a
rejeté, le 25 mars 2004, ses demandes de formation au motif qu’« aucun
projet ne pouvait être élaboré dans la mesure où [il] faisait toujours
partie des effectifs de la police nationale ». Il était pourtant
suspendu de ses fonctions et privé de tout traitement depuis son incarcération.
Le même jour, sa demande de placement sous surveillance électronique a été
refusée en raison de l’absence de « proposition de travail ou de
formation parfaitement aboutie »
et de suivi psychologique ou psychiatrique. Ses courriers répétés en vue
d’obtenir un suivi psychiatrique étaient pourtant restés sans réponse. Enfin,
une demande de permission de sortir, fondée sur le mauvais état de santé de ses
parents, a été rejetée le 23 mai 2004 sans avoir été
examinée, au motif qu’« aucune permission de
sortir ne sera accordée tant que l’expertise psychiatrique [exigée par le juge de l’application des
peines] ne sera pas envoyée au greffe ». |
| A la maison d'arrêt de
Fleury-Mérogis (Essonne), la commission d'indigence du bâtiment D3, où sont
incarcérées plus de 800 personnes, s’est réunie en janvier 2004, après deux ans
d'interruption. Une reprise d'activité qui lui a permis de constater que 130
détenus vivent avec moins de 45 € par mois. L'aide apportée aux indigents
consiste en une trousse d'hygiène (brosse à dents, dentifrice, papier WC) tous
les 15 jours et un kit courrier (4 timbres, 4 enveloppes, 1 stylo parfois et
quelques feuilles). Plusieurs associations interviennent dans le cadre de la
lutte contre l'indigence. L'association Soutien écoute prison de l'Essonne (SEP
91) tient un vestiaire mais « faute
de moyens financiers suffisants » ne distribue plus de chaussures. Le
Secours catholique est présent dans quatre commissions d'indigence (quartier
maison d'arrêt femmes, centre de jeunes détenus, bâtiments D1 et D5 pour
hommes) et attribue des aides de 10 à 30 € aux détenus les plus démunis. Les
intervenants de santé ont cessé leur participation aux commissions d'indigence,
estimant qu'elle était inutile |
Les
carences en matière d’offre de travail, en l’absence d’assurance chômage et de
minima sociaux, sont sources de situations de dénuement de plus en plus
répandues. La lutte contre l’indigence, selon la terminologie de
l’administration pénitentiaire, est officiellement une priorité. De fait,
pressés par différents rapports mettant en lumière l’insuffisante prise en
charge de la pauvreté en prison, les pouvoirs publics ont produit, le 20
juillet 2001, une circulaire destinée à réorganiser et dynamiser cette
démarche. Les « indigents » sont désormais repérés grâce à
l’instauration d’un seuil national d’indigence (45 euros disponibles sur le
pécule). Leur prise en charge est organisée par des « commissions
pluridisciplinaires d’indigence », censées exister dans chaque
établissement et dont la mission essentielle est de faciliter l’accès au
travail et à la formation professionnelle pour les détenus déclarés indigents.
A ce jour, ces commissions, où siègent des intervenants tant institutionnels
qu’associatifs, se réunissent dans la plupart des établissements, généralement
une fois par mois. Dans certains cas, il a néanmoins fallu plus de trois ans
avant qu’une commission soit instituée. A titre d’exemple, la commission de
surveillance de la maison d’arrêt de St Malo (Ille-et-Vilaine), réunie en juin
2004, s’indignait qu’une telle commission ne fût pas encore mise en place,
« faute de crédit ». En l’absence notable de moyens, ces
commissions ne font généralement qu’un travail de repérage statistique et sont
contraintes de réduire leur action à de l’aide sociale en urgence, comme la
distribution de trousses d’hygiène ou de kits sortants. Ainsi, en 2003, soit
deux ans après la parution de la circulaire, le rapport d’activité du centre
pénitentiaire de Ducos (Martinique) notait que « la majorité des
crédits de fonctionnement de l’établissement réservés à la lutte contre
l’indigence a été consacrée à la dotation et au renouvellement des produits
d’hygiènes ». La même année, celui de Seysses (Haute-Garonne)
indiquait que « des permanences étaient prévues en détention mais elles
ne sont plus tenues par les travailleurs sociaux compte tenu de la charge de
travail. L’intervention en détention se fait au coup par coup selon
l’urgence ». Déjà repérée en 2002 et 2003, cette situation tend à se
généraliser compte tenu de l’actuelle surpopulation des prisons. Conscients de
la faiblesse des moyens mis en œuvre, certains établissements, tels la maison
d’arrêt de Brest (Finistère) ou le centre de détention de Mont-de-Marsan
(Landes), font alors appel à des associations extérieures en vue de fournir une
aide sociale d’urgence sous forme de dons. La croissance du nombre de
demandeurs d’emploi en prison a également restreint la marge de manœuvre des
commissions d’indigence. Sachant par exemple que le taux d’indigence oscille
entre 20 % et 40 % en maison d’arrêt, les possibilités de sortir de la
précarité sont pour le moins réduites, puisque dans ce type d’établissements,
le taux moyen d’activité ne dépasse pas 35 %. A la maison d’arrêt de
Mont-de-Marsan (Landes), alors même qu’en 2003 la population moyenne détenue
s’élevait à 89 personnes, un cinquième des détenus étaient déclarés indigents.
Dans cet établissement, l’offre de travail se bornait aux neuf postes
disponibles dans le cadre du service général. Comme le souligne l’auteure d’un
rapport sur la pauvreté en prison, « cette
raréfaction de l’offre de travail conduit l’administration à sélectionner les
détenus potentiellement les plus productifs, c’est-à-dire les plus instruits.
Or la plupart des détenus indigents cumulent l’insuffisance de leur ressource
avec la faiblesse de leur capital scolaire, culturel et social. En détention,
la population précarisée sera donc la première tentée de recourir au trafic, ce
qui ne manquera pas de provoquer des incidents disciplinaires et au final
d’allonger leur peine. »
De fait, la lutte contre l’indigence continue de souffrir de la concurrence
entre activités rémunérées et non rémunérées. Nombre d’indigents sont
contraints de refuser les activités d’enseignement, de formation ou
d’alphabétisation au profit d’un travail leur permettant de cantiner. En effet,
bien qu’entrées en vigueur en 2002, les dispositions prévues dans PACTE 2 et
censées promouvoir la « multi-activité » restent très inégalement
appliquées. Dans le rapport 2004 de la commission de surveillance de la maison
d’arrêt de Tours (Indre-et-Loire), le chef d’établissement évoque la nécessité
« de respecter un emploi du temps
très contraignant, avec des horaires cours / travail qui se chevauchent »,
pour en conclure « les détenus sont
donc tenus de choisir entre les études et le travail ». Quant au
rapport d'activité 2003 du service pénitentiaire d’insertion et de probation
(SPIP) de la maison d’arrêt de Cherbourg (Manche), il note que « les
possibilités éventuelles d’articulation de la formation avec le travail
pénitentiaire sont toujours à ce jour peu nombreuses », notamment « du
fait du peu de postes de travail proposés par l’établissement ». A ce
jour, seule une quarantaine d’établissements a instauré la journée continue
dans les ateliers, de 7 à 14 heures au lieu des horaires habituels (8-10h puis
14-16h30). Cet aménagement est censé « permettre
aux détenus de participer aux activités de leur choix tout en évitant des
pertes de temps considérables sur le lieu de travail ».
Dans de nombreux établissements, telle la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis
(Essonne), une commission d’orientation et de classement prévoit que, dans la
mesure du possible, le travail est accordé aux indigents. Mais rien n’est prévu
quant à la combinaison entre activités rémunérées et non rémunérées, qui n’est
possible que dans certains bâtiments de la maison d’arrêt et de façon
complètement aléatoire, puisqu’il n’existe aucune règle à ce sujet. Malgré
tout, certaines directions régionales des services pénitentiaires ont donné aux
établissements des orientations dans le cadre de PACTE 2. Ainsi, dans la région
pénitentiaire de Lille, priorité doit être donnée au fait de « dégager deux demi-journées par semaine pour
les détenus travaillant au service général afin qu’ils puissent suivre une
activité d’enseignement ou socioculturelle ». Une disposition que l’on
retrouve aussi au sein d’autres établissements, tel le centre pénitentiaire de
St Quentin-Fallavier (Isère), où des arrangements ponctuels - par le biais de
dispenses de demi-journées de travail - ont permis de résoudre partiellement
les problèmes d’articulation entre formation et travail. C’est aussi le cas au
centre de détention de Val-de-Reuil (Eure), où selon l’administration centrale,
« deux équipes de détenus se
succèdent matin ou après-midi en cuisine afin de pouvoir bénéficier d’une
demi-journée de libre chaque jour pour les activités d’enseignement ou de
formation ». Dans d’autres, la multi-activité des indigents a été
rendue possible grâce à la rémunération de certaines activités d’enseignement
ou de formation. Ainsi le rapport d’activité de la maison d’arrêt de Foix
(Ariège) signale qu’en 2003, « les cours de l’Association nationale de formation professionnelle pour adultes, rémunérés 2,26 euros de l’heure sont une
petite aide aux détenus indigents qui sont de plus en plus nombreux et posent
de plus en plus de problèmes ». A la maison d’arrêt d’Angers
(Mayenne), il est proposé une formation aux illettrés et indigents, qui ouvre
le droit à une bourse dont le montant est modulé en fonction du degré d’indigence
et du temps de présence au cours. Au centre pénitentiaire de Maubeuge (Nord),
le groupement privé SIGES et la direction de l’établissement sont parvenus à un
aménagement de la journée de détention, les ateliers fermant à 15h45 afin de
permettre aux détenus d’exercer d’autres activités à l’issue de leur journée de
travail. Cette initiative est néanmoins contemporaine de ce constat relevé dans
le rapport d'activité de 2004 : « cantine :
la dépense moyenne est de 123,40 € par mois par détenu cantinant. Environ 10 %
des détenus ne cantinent pas. Le panier détenu est à 14,02 €, soit en baisse de
8,72 € par rapport à l'année précédente ». Une aggravation des
situations d’indigence que l’on retrouve également au centre pénitentiaire de Château-Thierry (Aisne) comme en atteste le
rapport d'activité 2004 : « la conjoncture actuelle du bassin d'emploi se
fait énormément sentir au sein du CP. Concernant notre concessionnaire actuel
VIQUEL, il a pour l'année 2004 tourné au ralenti. Ce manque de plus en plus
criant de travail en atelier, qui est un élément essentiel de la vie en
détention a pour conséquence d'augmenter le taux d'indigence. La rémunération
brute annuelle en 2003 était de 31 863,61 € ; en 2004 elle ne s'élève qu'à 20
477 €. A noter qu'au cours des mois de septembre et octobre, l'atelier Viquel
n'a pas fonctionné faute de commandes et que le nombre de détenus classés est
en nette diminution ». De
surcroît, en induisant une surcharge significative de travail pour les SPIP,
les récentes réformes relatives à l’application des peines ont considérablement
mis à mal l’efficience de la lutte
contre l’indigence. Laquelle relevait déjà plus du bricolage
institutionnel que de l’action structurée, compte tenu de la surpopulation
chronique des prisons qui ne cesse de gonfler les effectifs des détenus
déclarés ou repérés comme « indigents ». Une situation que les
pouvoirs publics ne se donnent pas pour ambition de résorber totalement. En
effet, au sein du bilan de PACTE 2 élaboré par l’administration
pénitentiaire, l’indicateur qui porte sur le nombre de détenus repérés
indigents ayant une activité rémunérée au regard du nombre de détenus repérés
indigents se fixe pour objectif, 60 % en maisons d’arrêt et 80 % en
établissement pour peine. En définitive, l’hétérogénéité et l’inconstance
des mesures laissent inchangé le constat dressé par la commission d’enquête de
l’Assemblée nationale en 2000 selon lequel « au total, les actions
entreprises par l’administration pénitentiaire en ce domaine restent
trop dispersées et ne remédient en rien au problème difficile de l’accès à la
formation pour les détenus indigents ».
Témoignages
« Je n’étais pas
rentable ! »
Personne détenue au centre de
détention de Mauzac (Dordogne), novembre 2004.
En mai
2004, par décision de la commission de classement j’ai été affecté à l’atelier
en concession dans lequel le travail consiste à couper et ourler des moquettes
soit avec des ganses, soit avec un surjet, pour faire des tapis. Le matériel
fourni (machine à surjeter, machines à coudre, pistolet à colle) est totalement
obsolète voire dangereux et les pannes et incidents sont très fréquents. Aucune
formation ne m’a été donnée dans cet atelier car il n’y a aucun formateur.
C’est un détenu qui supervise le travail. Les ouvriers doivent se former en
regardant faire les plus anciens. La rémunération horaire est de 3,11 € pendant
les deux premiers mois puis 3,26 €. Une prime de 2,50 € par tapis fini est à
répartir entre les 6 ouvriers de l’atelier. Les ouvriers travaillent en
principe 35 heures par semaine mais, en pratique, de nombreuses heures sont
chômées car tout le travail est épuisé. Il n’y a ni congé payés, ni indemnité
en cas de chômage technique ou de maladie. Lors de mon classement, en l’absence
d’un contrat de travail, une « fiche d’acceptation d’un post de travail sur
la zone atelier » a été signée entre moi-même, le responsable des ateliers
et le directeur de l’établissement. Ce document prévoyait un période d’essai de
15 jours durant laquelle en cas d’inaptitude qualitative ou quantitative
constatée par le responsable de l’atelier, le déclassement pourrait être
prononcé par la commission de classement. A l’issue de la période d’essai, en
juin 2004, aucune remarque ne m’a été faite concernant mon travail. Pourtant,
en septembre 2004, soit quatre mois après mon embauche, le représentant du
concessionnaire m’a dit qu’il ne pourrait pas me garder « parce que je n’étais pas rentable en raison
du manque de rapidité de mon travail ». En octobre 2004, mon
déclassement de l’atelier a été décidé pour « insuffisance de productivité en termes de qualité et de quantité »
et ce, à la demande du concessionnaire.
« Il fait toujours aussi
froid »
Personne détenue dans un centre de
détention, décembre 2004.
Depuis mon
arrivée au centre de détention en 2003, je travaille dans l’atelier production
bois. Il est difficilement concevable que l’on puisse travailler dans des
conditions aussi dégradantes et inhumaines. Dans cet atelier les détenus
travaillent dans un hangar de tôles ondulées d’environ 500 m2 qui
n’est pas chauffé en hiver. Comme il y a de grandes ouvertures, le vent
s’engouffre dans le hangar si bien qu’en hiver il y fait très froid. Le système
d’extraction des sciures est hors norme. La benne à sciure jouxtant le hangar,
le vent la ramène à l’intérieur et les détenus l’inhalent toute la journée.
Quelques détenus ont protesté, menaçant de ne plus venir travailler dans cet
atelier tant qu’il n’y aurait pas de chauffage. La direction a alors menacé de
les déclasser. Deux salariés de l’entreprise concessionnaire ont alors pris parti
pour les détenus et décidé que ceux-ci iraient dorénavant travailler dans un
autre atelier, chauffé celui-ci. La direction n’a pas apprécié mais a
finalement recherché une solution. Après une semaine de plus à travailler dans
le froid, elle a opté pour l’achat d’un appareil type turbine soufflant de
l’air chaud. Mais elle a aussi tiré sur les prix, si bien que l’appareil
initial qui devait débiter 1600 m3 à l’heure et coûter environ 2000
€ est devenu un appareil de chauffage plus petit, 1200 m3 à l’heure,
coûtant 1000 €. Si bien que la présence de cet appareil ne change rien. Il fait
toujours aussi froid.
« C’est donc moi, détenu, qui
doit faire crédit ! »
Personne détenue au centre de
détention de Toul (Meurthe-et-Moselle), mai 2005.
Je
travaille au centre de détention de Toul à l’atelier cuir pour la société
Triballe. Devant mon étonnement face au montant de mon salaire de mai 2005 (151
€), le responsable de l’atelier m’a expliqué qu’une des clientes du
concessionnaire avait demandé un étalement de son règlement du travail effectué
par mes soins, c'est-à-dire six chaises et deux tabourets de style Louis XIII.
Par conséquent la société Triballe a également étalé le versement de mes
salaires. C’est donc moi, détenu, qui doit faire crédit, me privant par là même
du minimum vital. Je suis donc dans l’impossibilité de tenir mes engagements
vis-à-vis de la juge d’application des peines concernant l’indemnisation des
victimes, ce qui me vaudra en fin d’année un mois de réduction de peine
supplémentaire en moins et prolongera d’autant ma détention.
« Les salaires sont indécents
et dégradants »
Personne détenue au centre de
détention de Château-Thierry (Aisne), juin 2004.
Chaque
détenu devrait avoir le droit de travailler. Pourquoi le droit du travail
n’est-il pas reconnu dans le monde carcéral ? Les salaires sont indécents
et dégradants compte tenu des heures et de la qualité du travail
effectué.
« Hélas en prison, on se
laisse faire »
Personne détenue au centre de
détention de Muret (Haute-Garonne), juin 2005.
Je
travaille comme un ouvrier du dehors mais je n’ai pas les mêmes droits. Cela
est handicapant car je dois une grosse somme d’argent, je ne réclame pas de
l’argent, mais un salaire normal afin de payer ce que je dois. Est-ce un crime
que de vouloir travailler avec un salaire normal et une couverture sociale
normale afin de payer sa dette ? Et pourquoi n’avons-nous pas droit aux
congés payés ? Hélas en prison beaucoup de détenus ne connaissent pas le
monde, alors on se laisse faire. Mais le droit du travail doit nous être
appliqué !
« Comment faire des études
informatiques sans support informatique ? »
Personne détenue dans une maison
d'arrêt, novembre 2004.
Je suis en
détention préventive en maison d’arrêt depuis février 2004. A l’extérieur,
j’occupais un poste clé dans mon entreprise et je voudrais rester à niveau ou
même m’améliorer en informatique. J’ai donc décidé de suivre des cours et
d’acheter un ordinateur portable pour passer un brevet d’informatique. J’ai
parlé de ce projet au directeur de l’établissement qui a d’abord approuvé et
m’a même proposé un catalogue pour faire mon choix, avant de se rétracter cinq
jours après en évoquant un note ministérielle confidentielle qui interdit les
ordinateurs portables. J’ai alors décidé de me rabattre sur un ordinateur de
bureau à écran plat, mais le directeur a refusé invoquant le manque de place
dans la cellule. Comment faire des études informatiques sans support
informatique, avec le papier pour seul support ?
Bernard Plasait, question écrite
n° 02139, JO du 5 septembre 2002.
Evelyn Shea, Le travail carcéral, thèse de doctorat, 2005.
Circulaire du 27 août 2001, Plan
d’amélioration des conditions de travail et d’emploi (PACTE 2) : les
indicateurs et tableau de bord de suivi de PACTE 2.
Assemblée nationale, avis n°1868
présenté au nom de la commission des lois sur le projet de loi de finances pour
2005, tome 5 (Justice : services pénitentiaires et PJJ).
Sénat, avis n°79 présenté au nom de
la commission des lois sur le projet de loi de finances pour 2005, tome 5
(Justice : administration pénitentiaire).
Sénat, Prisons : le travail à la peine, juin 2002.
Ministre de la Justice, réponse à
la question écrite n°02139 du sénateur Bernard Plasait, JO du 9 janvier 2003.
Evelyn Shea, Une étude comparée du
travail pénitentiaire, France, Allemagne, Angleterre, Questions pénales, juin 2005.
Evelyn Shea, Une étude comparée du travail pénitentiaire, France, Allemagne,
Angleterre, Questions pénales,
Juin 2005.
Avis du Conseil économique et
social régional de Basse Normandie, L’univers
carcéral en Basse Normandie : de la privation de liberté à l'insertion
sociale et professionnelle, 20 octobre 2003.
Réponse du gouvernement à l’Etude
sur les droits de l’homme en prison de la CNCDH, 26 janvier 2005.
CNCDH, Etude sur les droits de
l’homme en prison, 11 mars
2004.
CREDOC, Paroles de détenus sur le travail, novembre 2002.
Ministre de la Justice, réponse à
la question écrite n° 04138 du sénateur Emmanuel Hamel, JO du 3 avril 2003.
Sénat, Prisons : le
travail à la peine, juin 2002
Evelyn Shea, Le travail carcéral, projet de thèse de doctorat, 2005.
Sénat, Prisons : le travail à la peine, juin 2002.
Avis du Conseil économique et
social régional de Basse Normandie, L’univers
carcéral en Basse Normandie : de la privation de liberté à l'insertion
sociale et professionnelle, 20 octobre 2003.
Anne-Marie Marchetti, Pauvretés en prison, Erès, 1997.
GENEPI. Le travail en prison : intérieur, extérieur, avril 2005.
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