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Lyon, 11 octobre 2007
Centre
de détention d'Aiton : suicide d'une
personne en état de profond isolement
La
section française de l'OIP informe des faits suivants :
Dans
la nuit du 30 juillet, A.O. s'est donné la mort par pendaison
dans sa cellule. Alors même
qu'il était repéré comme présentant un
risque suicidaire élevé, l'administration pénitentiaire
avait pris à son encontre une sanction disciplinaire aggravant
son isolement.
Le
31 juillet 2007, vers 1 heure du matin, A.O., âgé de 39
ans, était découvert mort, pendu au radiateur de sa
cellule du centre détention d'Aiton (Savoie). Il
était alors sous le coup d'une sanction disciplinaire de
confinement de 20 jours prononcée le 11 juillet pour avoir
tenté « d'obtenir
d'un membre du personnel de l'établissement ou d'une personne
en mission au sein de l'établissement un avantage quelconque
par des offres, des promesses, des dons ou des présents ».
Des faits que A.O. avait niés lors de l'audience
disciplinaire. Cette mesure a entraîné son placement
dans une cellule de la section fermée du centre de détention
et la privation d'accès à toute activité, y
compris son travail à l'entretien de la prison. Les
conséquences ne se sont pas fait attendre : sollicité
par l'OIP, le directeur adjoint de l'établissement reconnaît
dans un courrier du 3 octobre que A.O. « avait
entamé une grève de la faim dès l'annonce de la
sanction ».
La
fragilité de A.O. étant pourtant connue. Le courrier
du directeur adjoint indique en effet que A.O. « avait
fait l'objet d'une surveillance spéciale début
juillet »
puis que « cette
mesure avait été levée en raison de
l'amélioration de son état »
avant d'être « réactivée
la veille du décès suite aux tendances suicidaires
évoquées au personnel pénitentiaire ».
En effet, dès le 16 juillet, A.O. écrivait à son
avocat : « je
suis à deux doigts de me mettre la corde au cou tellement mon
désespoir est grand ».
Incarcéré
depuis le 8 juillet 2006, il n'avait bénéficié
d'aucun parloir depuis cette date, et il ne pouvait plus recevoir
d'appels de ses deux enfants de 9 et 15 ans depuis quelques semaines,
suite à la demande de son ex-compagne. Le 3 juillet 2007, le
juge de l'application des peines d'Albertville venait en outre de
rejeter sa demande de semi-liberté.
Interrogée
sur les mesures prises pour prévenir le risque suicidaire
accru présenté par A.O., l'administration pénitentiaire
fait valoir que le
soir de sa mort,
il avait « bénéficié
de rondes oeilletons supplémentaires »
et qu'un « entretien
avec le psychologue a même été organisé la
veille »
de son suicide. Expliquant qu' « aucun
tuyau ne court le long du plafond »
l'administration élude également la question du
radiateur auquel s'est pendu A.O. Toutes les cellules de
l'établissement comportent pourtant bien un
tuyau de radiateur visible à environ 20 centimètres du
plafond. Déjà, le 12 décembre 2006, une personne
s'était donné la mort en se pendant « au
radiateur de sa cellule »,
selon le rapport d'activités de l'établissement. Quant
à la formation des personnels à la prévention du
suicide, le
service médical de l'établissement
rapporte qu'une session devait être organisée en 2006
pour les personnels médicaux et pénitentiaires au sein
de la prison, mais qu'elle a dû être annulée faute
d'inscrits.
L'OIP
rappelle :
-
que le Conseil d'Etat, dans un arrêt rendu le 9 juillet 2007,
exige qu'au-delà des mesures de surveillance spéciale
(rondes rapprochées) l'administration procède à
un « accompagnement
particulier tenant compte de [l']
état psychologique »
de la personne en détresse ;
-
que la circulaire du 26 avril 2002 relative à la prévention
des suicides dans les établissements pénitentiaires
enjoint aux chefs d'établissement « de
permettre aux personnes détenues présentant un risque
suicidaire d'avoir accès aux activités offertes dans
les établissements pénitentiaires »
et précise que « selon
le cas, la personne détenue à risque pourra se voir
proposer un poste de travail ou être incitée à
suivre une formation, à bénéficier d'un
enseignement, à pratiquer un sport et à participer à
des activités socio-éducatives et culturelles »
;
-
que le rapport Terra sur la prévention du suicide des
personnes détenues publié en décembre 2003
préconise que
« les points permettant un arrimage facile d'un lien »
soient «
progressivement éliminés ».
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