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Paris, le 17 novembre 2005
Dispensation de Subutex® à la maison d’arrêt
de Reims (51) :
l’avis des autorités sanitaires reste lettre morte
La section française de l’Observatoire international
des prisons informe des faits suivants :
Dans un avis du 14 septembre 2005, l’agence française
de sécurité sanitaire des produits de santé
(AFSSAPS) vient de rappeler que le Subutex®, « indiqué
dans le traitement substitutif de la pharmacodépendance majeure
aux opiacés, dans le cadre d’une thérapeutique
globale de prise en charge médicale, sociale et psychologique
», ne doit être administré que par voie sublinguale,
« seule voie efficace et bien tolérée pour
la prise de ce médicament ».
Depuis le 10 janvier 2004, au motif de lutter contre le trafic
de Subutex® au sein de la maison d’arrêt de Reims,
l’UCSA (unité de consultation et de soins ambulatoires)
a mis en place une dispensation sous forme pilée de ce traitement
de substitution prévu en administration sublinguale (à
laisser fondre sous la langue).
Sollicitée par l’OIP le 26 juillet 2005 pour un avis
sur la dispensation par les UCSA de certains établissements
pénitentiaires des comprimés sublinguaux de Subutex®
sous forme pilée ou diluée, l’agence française
de sécurité sanitaire des produits de santé
(AFSSAPS) rappelle que « l’évaluation de
l’efficacité et de la sécurité d’emploi
» du Subutex® « a conduit à mentionner
dans l’autorisation de mise sur le marché (AMM) que
l’administration du médicament par voie orale était
inappropriée ». La notice de ce médicament
indique que « la voie sublinguale constitue la seule voie
efficace et bien tolérée pour la prise de ce médicament
», qu’il convient de « laisser les comprimés
fondre sous la langue » et qu’ils « ne
doivent pas être avalés ». Dans son avis,
l’AFSSAPS explique qu’ « il est important
de respecter ce mode d’administration dans la mesure où
lorsque le comprimé de Subutex® est directement avalé,
que ce soit sous forme pilée ou diluée dans
de l’eau, il est fortement détruit dans le tube digestif
avec pour conséquence une diminution très importante
de son efficacité » et que « le Subutex®
n’est donc efficace que lorsqu’il est maintenu sous
la langue jusqu’à dissolution, ce qui intervient habituellement
en 5 à 10 minutes et ce qui permet son passage dans la circulation
sanguine par les micro-vaisseaux situés sous la langue
».
Dans le rapport d’activité 2004 remis le 25 février
2005 aux membres de la commission de surveillance de la maison d’arrêt
de Reims, l’UCSA se félicite cependant, «
après un an de recul par rapport au nouveau mode de dispensation
du Subutex® sous forme pilée » de constater
« une amélioration de la prise en charge dans l’optique
de sevrage avec parallèlement une quasi disparition du trafic
lié à ce type de produit », rappelant qu’ils
ont cependant eu à s’ « expliquer dernièrement
auprès du médecin inspecteur de la santé, suite
à [leur] pratique spécifique de dispensation du Subutex®
».
Interrogé par l’OIP sur la poursuite de cette pratique
contraire à l’avis de l’AFSSAPS, la direction
du centre hospitalier universitaire de Reims, dont dépend
l’UCSA de la maison d’arrêt, répond le
4 novembre 2005 « qu’à ce jour il n’existe
aucun essai avec publication scientifique indépendante qui
ait démontré l’inefficacité et la dangerosité
du Subutex® lorsque le comprimé est écrasé
» , justifiant le maintien de cette pratique par le fait que
« les médecins des UCSA sont confrontés
à une population dont le motif d’incarcération,
pour certains, fait suite à une infraction à la législation
sur les stupéfiants » et qu’ « il
n’est donc pas choquant qu’ils essaient de concilier
l’intérêt des patients et le respect de la loi
qui condamne les trafics de stupéfiants, notamment en milieu
carcéral ».
Etabli en avril 2003 à la demande de la Commission nationale
consultative des traitements de substitution, un rapport sur l’organisation
des soins en matière de substitution en milieu carcéral,
constate que « ce trafic autour du médicament de
substitution n’est pas alimenté uniquement à
partir des prescriptions internes aux établissements
» et « recommande d’éviter la pratique
du pilage des comprimés qui ne semble pas empêcher
le trafic et dont la symbolique est ambigüe ». Les
auteurs demandent que « l’on soit plus attentif
à une individualisation de la prise qu’à son
contrôle systématique », entendant par individualisation
de la prise l’ « adaptation des rythmes et des lieux
de distribution en fonction de l’histoire singulière
du détenu, suivant les contraintes organisationnelles et
pharmacologiques habituelles ».
Au niveau national, le rapport de la conférence de consensus
tenue en juin 2004 sur le sujet considère que « la
situation reste insatisfaisante », notamment en raison
des
« disparités selon les régions et les types
d’établissements ». Selon le bilan dressé
en décembre 2004 par l’Observatoire français
des drogues et des toxicomanies (OFDT), « pour 22 établissements
sur les 109 pour lesquels une réponse est connue (20%), la
DDASS a signalé un problème d’acceptation de
la substitution ».
Saisie par l’OIP en juillet 2004, l’IGAS informe avoir
« saisi la direction générale de la santé
(sous-direction politique des produits de santé – bureau
du médicament) pour qu’une analyse du bénéfice-risque
soit entreprise afin de tenter d’adapter les modes de dispensation
de ce produit au contexte particulier de la délivrance en
détention ».
L’OIP rappelle la loi du 18 janvier 1994 relative à
la prise en charge sanitaire des détenus, dont l’objectif
est d’offrir aux détenus « une qualité
et une continuité de soins équivalentes à ceux
offerts à l’ensemble de la population. »
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