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Rapport du Commissaire européen aux droits de l’homme : la France au pied du mur
Communiqué
Paris, le 20 novembre 2008
Une nouvelle fois, les politiques pénale et pénitentiaire menées dans notre pays font l’objet
d’accablantes critiques de la part d’une instance internationale1. Et, une fois encore, la réaction
du gouvernement minimise ou élude les constats dressés ou les questions soulevées, opposant
une fin de non recevoir aux demandes pressantes qui lui sont faites en matière de protection des
droits de l’homme.
Dans son rapport rendu public aujourd’hui, le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil
de l'Europe, Thomas Hammarberg, dénonce « les conditions de vie inacceptables de nombreux
détenus, qui doivent faire face à une surpopulation, une absence de vie privée, des locaux
vétustes, et une hygiène pauvre » ou encore « le haut niveau de suicides dans les prisons
françaises […] symptôme des défaillances structurelles du système pénitentiaire »2. Face à cette
situation, le Commissaire « appelle instamment les autorités françaises à répondre
immédiatement aux conditions inacceptables de détention des détenus contraints de vivre dans
des cellules surpeuplées et souvent vétustes ».
En guise de réponse, le gouvernement tente comme à son habitude de mettre en avant, outre la
nécessité d’augmenter le nombre de places de prison, « la mise en oeuvre des Règles
pénitentiaires européennes » et « l’élaboration du projet de loi pénitentiaire ». Or, le
Commissaire exprime de nombreuses réserves sur ces différents points.
Concernant les Règles pénitentiaires européennes, T. Hammarberg déplore que
« l'expérimentation en cours ne porte que sur un nombre limité de recommandations et ne
concerne qu'une partie des établissements ». « Il faut souhaiter que ces nouvelles dispositions
soient rapidement appliquées à l’ensemble des détenus, ce qui n’est pas encore le cas »,
ajoute-t-il, tout en insistant sur le fait que les RPE sont un « socle fondamental qu'il convient de
respecter et de mettre en oeuvre au plus vite » qu’elles « ne sont qu'une base minimum » et
qu’elles «ne devraient pas empêcher les autorités d'adopter une loi plus protectrice pour des
détenus». Sur ces points, force est de constater l’indigence de la réponse des autorités qui ne
fournissent aucun élément d’engagement ni même d’information sur les perspectives
d'extension de l'expérimentation (8 règles) aux autres recommandations (108 en tout) et la
généralisation de leur application à tous les établissements (28 sites-pilotes sur un total de 192
lieux de détention).
Concernant le projet de loi pénitentiaire, si le Commissaire souhaite s’en tenir à « quelques
observations générales », son propos aboutit à une sévère mise en cause du texte élaboré par la
Chancellerie. D’abord, T. Hammarberg se fait l’écho des regrets exprimés par un « certain
nombre de professionnels » déplorant que le texte « ne reprenne pas plus largement certaines
propositions formulées par les Etats généraux, la CNCDH ou le COR3 et ne fasse qu’entériner
des pratiques déjà existantes ». Il précise notamment à ce propos qu’il « restera vigilant à ce
que des pratiques telles que les fouilles corporelles soient strictement encadrées ou que la mise
en place de régimes de détention différenciés ne soit pas légalisée ». Il invite par ailleurs les
autorités « à reconnaître de nouveau l'encellulement individuel comme un droit pour tous les
prévenus, à permettre sa mise en oeuvre dans les faits » sans attendre l’ouverture des nouvelles
places de prison et sans recourir aux programmes de construction car « l’extension du parc
pénitentiaire devrait être plutôt une mesure exceptionnelle, puisqu’elle n’est pas, en règle
générale, propre à offrir une solution durable au problème du surpeuplement ». Ensuite, le
Commissaire « estime que les questions du maintien des liens et contacts familiaux, de l’accès
aux prestations sociales de droit commun, du droit de vote en prison, du travail équitablement
rémunéré, de la réduction substantielle de la durée de placement en quartier disciplinaire ou
du placement en isolement ne doivent pas être éludées ». Enfin, T. Hammarberg souligne pour
conclure que « la réforme proposée de la législation pénitentiaire ne doit pas occulter le
respect des droits fondamentaux des personnes détenues, et davantage de solutions effectives et
de moyens doivent être apportées pour améliorer les conditions matérielles ainsi que le
traitement des personnes atteintes de troubles mentaux ».
Les constats opérés par le Commissaire européen aux droits de l’homme sur la situation des
prisons françaises corroborent les critiques émises par l’ensemble des instances nationales ou
internationales depuis une dizaine d’années. Pour T. Hammarberg, « Le plein respect des droits
de l'homme ne doit pas souffrir des considérations sécuritaires » et « les projets actuels de
modifications législatives ne doivent pas ignorer les droits fondamentaux des détenus ». Dans
ces conditions, face à l’attitude de déni dans lequel s’enferme le ministère de la Justice, la
section française de l’OIP appelle le gouvernement et le Parlement :
- à prendre les mesures immédiates réclamées par le Commissaire afin de résorber la
surpopulation carcérale, notamment en inscrivant au plus vite le volet sur les
alternatives et aménagements de peine du projet actuel de loi pénitentiaire au calendrier
parlementaire et en prévoyant, dans le cadre de la loi des finances 2009, les moyens
nécessaires à une politique de moindre recours à l’emprisonnement,
- à confier à une commission indépendante la rédaction d’un nouveau projet de loi
« pénitentiaire » s’inscrivant dans la lignée des rapports des commissions d’enquête
parlementaires de 2000 et respectant scrupuleusement tant les principes établis par les
Etats généraux de la condition pénitentiaire que l’ensemble des recommandations du
Conseil de l’Europe.
1Après le rapport du précédent Commissaire aux droits de l’homme en 2005, ceux du Comité européen
de prévention de la torture en 2004 et 2007, ou encore du Conseil des droits de l’homme des Nations
Unies cet été.
2Communiqué du Commissaire européen aux droits de l’homme, 20 novembre 2008.
3Etats généraux de la condition pénitentiaire, Commission nationale consultative des droits de l’homme,
Comité d’orientation restreint (ministère de la Justice).
Un documentaire à voir et à faire voir
Le 29 octobre sort en salles "à côté", un documentaire soutenu par de nombreuses associations, dont l'OIP. Durant 10 mois, deux fois par semaine, la réalisatrice Stéphane Mercurio a filmé des familles, majoritairement des femmes, mères, épouses ou compagnes, dans les locaux de l'association Ti-Tomm, "à côté" de la maison d'arrêt de Rennes. Chacune parle de son enfant ou de son homme incarcéré, de leurs difficultés et de leurs peines partagées.
Vous pouvez en visionner la bande annonce en vous rendant sur un nouvel espace de notre site internet : "La prison en sons et en images". Mis en ligne le 14 octobre 2008, cet espace est consacré à la présentation d'une sélection de documents photos, vidéos et sonores.
"Indigence de la politique de prévention des suicides à l’égard des mineurs détenus"
Communiqué
Paris, le 9 octobre 2008
La section française de l'Observatoire international des prisons (OIP) demande que toute la lumière soit faite sur les circonstances exactes du suicide par pendaison de Nabil L. dans la nuit du 6 et 7 octobre à la maison d’arrêt de Metz-Queuleu et des trois tentatives de suicides survenues au sein du quartier mineur dans la semaine qui a précédé le drame.
Perplexe au regard de la politique de prévention du suicide mise en œuvre dans cet établissement, l’OIP souhaite que les conclusions du rapport de l’Inspection des services pénitentiaires diligentée sur les lieux soient rendues publiques.
Concernant la série de mesures annoncées ce jour par Mme Rachida Dati,
l’OIP relève l’indigence de la politique de prévention des suicides à
l’égard des mineurs détenus, déplore qu’aucune stratégie spécifique
n’ait été mise en œuvre à ce jour alors même que la Commission
nationale consultative des droits de l’homme avait demandé, dès
décembre 2004, qu’ « une étude comparative soit réalisée pour mesurer
précisément les spécificités du phénomène de suicide des mineurs détenus » (1).
Plus globalement, constatant que le nombre de suicides décomptés au
premier semestre 2008 est 27 % supérieur à celui constaté à l’issue du
premier semestre 2007, l’OIP demande à l'administration pénitentiaire
de rendre publics sans délai :
- le nombre de suicides survenus depuis le début de l’année 2008 dans les prisons françaises
- les rapports annuels de la commission centrale de suivi des actes suicidaires en milieu carcéral
- le bilan intermédiaire élaboré par cette même commission au terme du premier semestre 2008.
(1) CNCDH, Etude et propositions sur les mineurs en milieu carcéral, 16 décembre 2004
"La France a rendez-vous avec ses prisons..."
Le
11 juillet dernier, alors qu'elle installait le Comité
d'orientation restreint chargé de réfléchir à
la future loi pénitentiaire, Rachida Dati promettait un "grand rendez-vous de la France avec ses prisons". Las, aucune
nomination n’est intervenue six mois après le vote de la loi
instaurant un Contrôleur général des lieux de
privation de liberté. Le gouvernement semble même
vouloir faire machine arrière et abandonner tout idée
de contrôle effectif, au profit de l'institution d'un Défenseur
des droits des citoyens, destinataire des "réclamations" de "toute personne s’estimant lésée
par le fonctionnement d’un service public". Quant à
la loi pénitentiaire, sa discussion aux Parlement n'a cessé
d'être repoussée. Désormais connues, ses
premières dispositions semblent, qui plus est, sonner le glas
de la réforme tant attendue et promise. A l’heure où,
pour la première fois, un tribunal vient de faire droit à
un détenu qui attaquait l’administration pénitentiaire
du fait de ses conditions indignes de détention, ce numéro
de Dedans Dehors passe en revue les points marquants de l’actualité
des prisons françaises.
Le
Parlement vient d’accepter la création de centres
socio-médico-
judiciaires de sûreté. Demain, si le
Conseil Constitutionnel entérine l’existence de ces nouveaux
lieux d’enfermement, les auteurs de crimes graves y seront retenus
à leur sortie de prison pour une durée potentiellement
infinie. Non pas en vertu d’un jugement sanctionnant une nouvelle
infraction, mais parce que considérés comme
éternellement « dangereux ». Le secret
médical sera battu en brèche et le dispositif de soins
en prison réorienté vers la prédiction des
risques. Enfin, les personnes souffrant de troubles mentaux
comparaîtront devant des juridictions pénales, qui
pourront leur imposer hospitalisation d'office et mesures de sûreté.
C’est ainsi que notre pays s’apprête à rompre avec
les principes affirmés dans la déclaration de 1789 et à
renoncer aux valeurs qui fondent sa tradition humaniste.
Le 14 mai 2008 le Conseil des
droits de l'homme des Nations Unies (ONU) a examiné « la
situation des droits de l'homme en France », dans le
cadre d'un nouveau mécanisme de contrôle, l' « examen
périodique universel », qui aura lieu désormais
tous les quatre ans. En amont, les organisations de défense
des droits de l'homme ont été invitées à transmettre leurs
observations au Haut commissariat aux droits de l'homme de l'ONU. Celui-ci est chargé d'établir une synthèse servant de base aux travaux du
Conseil qui aboutissent à une série de
recommandations. C'est à ce titre que la section française
de l'OIP a réalisé une contribution intitulée
« Contexte et situation pénitentiaires ».
Mobilisation contre l'instauration d'une "rétention de sûreté"
Après l'Assemblée nationale, le Sénat
s'apprête à voter un projet de loi qui prévoit l'enfermement des auteurs de crimes graves à
leur sortie de prison pour des durées d'un an indéfiniment renouvelables, non pas
en vertu d’un jugement sanctionnant une nouvelle infraction, mais parce
qu’ils auront été considérés dangereux.
Depuis plusieurs semaines, l'OIP prend, ou participe à, plusieurs initiatives afin de s'opposer à cette logique d'élimination et ce renoncement aux valeurs qui fondent notre tradition humaniste. Et notamment :
Maison centrale de Saint-Martin-de-Ré : un détenu,
placé au quartier disciplinaire puis à l'isolement en
dépit d'une pathologie psychiatrique, se suicide.
La section française de l'OIP informe des faits suivants :
Placé au quartier disciplinaire puis à l'isolement, alors qu'il souffrait d'une
pathologie psychiatrique lourde et avait déjà tenté de se suicider, un jeune homme
s'est pendu le 5 novembre à la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré (Charente-
Maritime). Il est décédé le 7 novembre 2008 au Centre hospitalier de la Rochelle.
Cour d'appel de Lyon : un détenu comparaît avec des chaînes aux pieds
La section française de l'OIP informe des faits suivants :
Le 28 octobre 2008, un détenu a comparu devant la Cour d'appel de Lyon (Rhône) avec des entraves aux pieds, en méconnaissance des dispositions du Code de procédure pénale et du principe des droits de la défense.
TGI de La Rochelle : classement de la procédure concernant un suicide à la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré, en dépit de négligences apparentes
La section française de l'OIP informe des faits suivants :
Le parquet de la Rochelle (Charente-Maritime) a clôturé le 20 octobre 2008 l'enquête concernant le suicide d'un détenu de la maison centrale de Saint Martin-de-Ré survenu le 25 juillet 2008. Pourtant, les circonstances du décès font apparaître une série de défaillances de la part des services pénitentiaires et sanitaires.
Centre de détention de Val-de-Reuil (27) : un détenu subit une coloscopie dans des conditions humiliantes
La section française de l'OIP informe des faits suivants :
Au mois de juillet dernier, un détenu du centre de détention de Val-de-Reuil a subi, à l'hôpital d'Elbeuf, une coloscopie sous les yeux d'un surveillant pénitentiaire. Un traitement attentatoire à la dignité humaine et au principe de la confidentialité des soins susceptible de se renouveler, une nouvelle coloscopie devant intervenir prochainement.
Centre pénitentiaire de Marseille : un détenu en attente d'une transplantation cardiaque réincarcéré
La section française de l'OIP informe des faits suivants :
Un homme d'une trentaine d'années en attente d'une transplantation cardiaque a été réincarcéré hier après-midi au centre pénitentiaire de Marseille (Bouches-du-Rhône) pour effectuer un reliquat de peine de trois mois et quelques jours en dépit des risques sanitaires auxquels l'expose la détention.