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les
conditions de détention en
France
rapport 2003
"Quand l'OIP
a pris la décision de publier un rapport sur l'état des prisons
en France en 2003, nous avions des raisons objectives de craindre une détérioration
de la situation déplorée et dénoncée en 2000
par les deux assemblées parlementaires et le président de
la Cour de Cassation mais nous n'imaginions pas avoir à décrire
une descente aux enfers. Chacun des auteurs de ce rapport a exercé
une contrainte sur soi pour empêcher ses sentiments personnels de
s'exprimer mais dans leur sécheresse les chiffres du bilan, s'ils
inspirent le dégoût et suscitent la révolte, constituent,
ainsi que chacun pourra en juger, le plus terrible des réquisitoires.
Aujourd'hui, la priorité à laquelle la majorité
des détenus se trouve soumise n'est pas d'exercer des droits mais
d'assurer leur survie. Frappant désormais tous les types d'établissements
pénitentiaires, la surpopulation, touchant trois détenus
sur quatre, rend dérisoires l'ensemble des projets et des actions
qui n'ont pas d'effet immédiat sur la vie quotidienne. (...) Pour
ces personnes, chaque nouveau jour annonce une lutte vouée à
l'échec contre le bruit, la saleté, les mauvaises odeurs,
l'étouffement et, par voie de conséquence, la haine des
autres et de soi. En 2002, 122 personnes se sont tuées en prison
et, en 2003, le chiffre était déjà de 73 au 31 juillet.
(...) Dans un pareil contexte, n'importe quelle politique de protection
des droits et de retour à la vie normale ne pourrait qu'échouer.
Les règles édictées par la loi dans ces deux domaines
ont donc été contournées, délaissées
et, dans certains cas, purement et simplement supprimées.
Hélas, la situation dont l'OIP établit le
constat n'est pas le résultat de la négligence ou de la
pénurie des moyens mais d'une politique délibérée.
Il aura suffi de quelques mois pour changer de cap. Avec les lois Perben
et Sarkozy, les juges, poussés par ce qui apparaît la volonté
générale, n'attendent plus de se trouver dans des circonstances
exceptionnelles pour placer en détention. Ils choisissent d'autant
plus volontiers l'incarcération qu'ils savent que les alternatives
à l'emprisonnement ont été sacrifiées. (...)
Dans cette affaire, la responsabilité politique est engagée.
Les dirigeants qui, au mépris du respect dû à la personne
humaine, entassent en pleine connaissance de cause des personnes vulnérables
dans des lieux où les conditions de vie sont indécentes
auront à en répondre moralement, politiquement et, il faut
l'espérer, légalement."
Extrait de la préface de Thierry Lévy
Président de l’Observatoire international des prisons - section
française
les
conditions de détention en France. Rapport 2003.
OIP / Editions La Découverte, 2003.
240 p., 18 €
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