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Nicole Maestracci, présidente de la FNARS
Exclusion et prison : un même enjeu politique
Nicole Maestracci est la présidente de la fédération
nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS*) qui
regroupe 750 associations travaillant dans les domaines de l’accueil,
l’hébergement, l’insertion professionnelle et sociale, l’accès au logement et à
l'emploi des personnes en situation de précarité. Elle explique les raisons qui
amènent la FNARS à développer des projets communs avec l’OIP.
Quel est le rapport entre la FNARS et la prison ?
Historiquement, l'accueil des personnes sortant de prison a été à l'origine de
la création de notre Fédération. Certaines des associations adhérentes, comme
l’ARAPEJ Île-de-France sont encore aujourd'hui plus particulièrement orientées
vers l’accueil des personnes sous main de justice. D'une manière générale, on
observe qu'un quart des personnes accueillies dans les CHRS (Centres
d'hébergement et de réinsertion sociale) a séjourné en prison ou a fait l'objet
d'une condamnation pénale. Pour 20% d'entre elles, le passage en prison est
l'évènement qui les a fait basculer dans la précarité. Dans tous les cas, il va
aggraver leur situation. Nous savons également que 22% des entrants en prison
sont sans ressources et que 25% n'avaient ni logement, ni hébergement durables
avant l'incarcération. Les associations adhérentes à la FNARS ont donc une
mission évidente à l'égard de ces personnes. Nombre des actions conduites dans
le domaine de l'hébergement et de l'insertion par l'activité économique
bénéficient également aux personnes placées sous main de justice. Les adhérents
de la FNARS encadrent ainsi de nombreux chantiers d'insertion qui ont vocation
à accueillir des personnes très éloignées de l'emploi. Ils proposent également
des hébergements d'insertion pour faciliter les libérations conditionnelles et
éviter les sorties de prison sans suivi. Outre sa mission d'accueil des
sortants de prison, la FNARS s'est engagée dans le développement des sanctions
alternatives à l'incarcération: accompagnement des mesures de placements
extérieurs, des TIG (travail d’intérêt général), des placements sous
surveillance électronique. Ainsi, certains centres d'hébergement se sont
organisés pour accueillir des personnes placées sous surveillance électronique
qui ne pouvaient bénéficier de cette mesure faute de logement adéquat.
Quels sont les liens entre la FNARS et l’OIP ?
Des liens de dialogue et de partenariat. Une partie de nos constats sont
communs et nous ressentons la nécessité de les faire partager au plus grand
nombre. C’est ce qui a conduit la FNARS à participer au colloque « pauvreté,
exclusion, la prison en question » en février 2005 ou à soutenir le guide du
sortant de prison. C'est aussi pour cette raison que la FNARS a décidé de
s’associer aux états généraux de la condition pénitentiaire. Il nous apparaît
fondamental que les constats faits par les spécialistes soient partagés par
tous les acteurs, notamment les surveillants, les travailleurs sociaux, les
détenus, les magistrats, les avocats, les associations…et mis à disposition du
grand public. La consultation organisée dans le cadre des états généraux
devrait y contribuer. Il s’agira ensuite de capitaliser ces constats partagés
et de rechercher des solutions. Et, c'est le plus difficile. En effet, de
nombreux rapports récents et remarquables ont fait sur les prisons des constats
similaires sans que les conséquences politiques qui s'imposaient en aient été
tirées. Les causes d'une telle situation sont multiples. Mais il est certain
que s'agissant de la prison comme de l'exclusion, nous avons du mal à sortir
des postures de spécialistes ou de militants pour en faire des sujets de
société qui concernent le plus grand nombre. La démarche des états généraux de
la condition pénitentiaire qui rejoint celle que nous avons lancée « Les états
généraux de la FNARS : l'exclusion n'est pas une fatalité », vise à mettre en
évidence les enjeux de politique publique. Elle a aussi pour objectif de faire
partager notre connaissance et nos convictions à un plus large public. Pour
combattre les représentations inexactes, il faut mettre à disposition du public
des données objectives qui lui permettent d'appréhender la complexité des
choses. Pour faire évoluer les politiques publiques, il est nécessaire de
sortir du cercle des spécialistes et de rechercher l'adhésion du grand public.
Je souhaite qu’au moment des élections présidentielles, la question de
l’exclusion et celle de la prison, qui ont à l’évidence un sous-ensemble
commun, deviennent vraiment des enjeux politiques majeurs. Mais, il faut que
l'on soit capable de montrer, ou démontrer, que lorsqu’on s’occupe des gens,
lorsqu'on ne les laisse pas à l'abandon, quand on les sanctionne dans des
conditions dignes, quand on ne les laisse pas sortir de prison sans aide et
sans suivi, quand on évite la prison en prononçant des peines alternatives, on
protège aussi la société.
La FNARS a également soutenu le projet du Guide du sortant de prison,
pourquoi ?
Nos adhérents sont constamment confrontés à la prise en charge des sortants de
prison. La FNARS fait des constats qui rejoignent ceux de l'OIP. Cependant, il
est important de faire des distinctions. La population des sortants de prison
est hétérogène et les réponses doivent donc être diverses. Il faut, à mon sens,
distinguer entre les courtes et les longues peines. Les adhérents de la FNARS
accueillent d’une part des sortants de prison après une très longue peine, qui
vont se retrouver souvent dans une situation très difficile en raison du vide
et de l'absence de lien social mais pour lesquels le temps a permis de préparer
une sortie. D’autre part, ils accueillent des personnes, souvent des jeunes
très désinsérés, qui sortent et rentrent de prison constamment, pour lesquelles
la prison fait partie de la vie, mais n’est pas le seul facteur de difficultés.
Ces personnes sont généralement confrontées à des problèmes d’insertion
professionnelle, familiale, de logement, de papier, de santé physique et/ou
psychique sans que personne soit en mesure de prendre le temps suffisant pour
mettre à plat tous ces problèmes. Or, aider les gens à sortir d’une situation
d’exclusion cela prend énormément de temps, cela exige du professionnalisme, de
l’attention, de l’accompagnement… qui n'est pas de l’assistance. Il faut rechercher
les conditions qui permettent à ces personnes de reprendre pied à partir de
leur projet et non pas de ceux qu'on fait pour eux. Il ne suffit pas de dire
que beaucoup de possibilités d'insertion existent, ce qui est en partie vrai,
il faut permettre aux sortants de prison d'accéder à ces possibilités. C’est ce
que fait le guide du sortant de prison. C’est un outil indispensable d’accès au
droit. Pour toutes ces raisons, il était évident que la FNARS devait s'y
associer.
*www.fnars.org
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