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états généraux de la condition pénitentiaire
l'engagement sur parole
Dedans dehors n°58-59, janvier 2007
sommaire
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édito
états généraux de la condition pénitentiaire
tirer les leçons du passé
acte I :
la consultation
acte II :
le manifeste
acte III :
les engagements
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edito
édito
l'engagement sur
parole
Sommes-nous à l’aube d’une profonde
transformation de notre système carcéral ? La plupart des candidats à
l’élection présidentielle ne s’en sont pas tenus à renouveler leur indignation
face au constat du désastre des prisons. Ils ont fait leur un ensemble de
préceptes qui ouvre la voie, comme le souhaitait les États généraux, à un
véritable « renversement de perspectives ». Celui préconisé dans les
premières pages de l’étude sur les droits de l’homme dans la prison de la
Commission nationale consultative des droits de l’homme. Celui auquel exhorte
la France chacune des recommandations du Conseil de l’Europe comme ses Règles
pénitentiaires.
Quelque chose nous porte à croire la
parole donnée. C’est le fait que cette parole obtenue de la part de mesdames
Royal, Buffet, Lepage, Laguiller et Voynet, comme de messieurs Bayrou et
Besancenot, l’est en toute connaissance de cause. Ils ou elles savent que les
dix points constitutifs de la déclaration finale des États généraux de la
condition pénitentiaire sont à même à la fois de faire cesser la violation
permanente des droits des personnes détenues, d’améliorer la condition de tous
ceux qui vivent et travaillent en prison, et de mieux assurer la sécurité de
tous en réduisant le recours à l’emprisonnement et la durée des peines. Ils ou
elles mesurent la rupture que cela implique dans le fonctionnement de
l’institution pénitentiaire, mais aussi au niveau des politiques pénales mises
en œuvre. Parce qu’il ne s’agissait certainement pas de susciter de la part des
candidats de vagues promesses, les États généraux ont soumis à leur
appréciation dix principes dont la cohérence ne laissait planer aucun doute
quant au dessein poursuivi. Pour que les prisons françaises cessent d’être la
honte de la République, il fallait de la part du futur Président de la
République un engagement clair.
La consistance de celui pris par
chacun de ces candidats est d’autant plus méritoire qu’elle est aussi le
meilleur antidote aux errements du passé. À défaut d’absolue certitude,
l’adhésion pleine et entière à la déclaration des États généraux est
probablement la meilleure garantie donnée aux personnes détenues comme aux
personnels de surveillance, aux travailleurs sociaux comme aux différents
intervenants en détention, aux avocats comme aux magistrats, de ne pas revivre
l’amère déception d’un consensus politique forgé dans l’émotion, qui s’est
arrêté en face d’une autre émotion. Chacun a en mémoire que la salutaire prise
de conscience provoquée par le livre de Véronique Vasseur n’a pas suffi à
éviter l’épuisement de la volonté réformatrice devant la montée d’une
campagne électorale d’inspiration sécuritaire.
À l’inverse, la position de M.
Sarkozy est ambivalente. D’un côté, il fait sienne la nécessité d’une loi
pénitentiaire qui mette en application les Règles pénitentiaires européennes.
De l’autre, il se place dans la continuité de ce qui a été accompli depuis cinq
ans, notamment en matière d’extension du parc pénitentiaire. Pire, le programme
de son parti prévoit d’instaurer des peines planchers et de limiter les
aménagements de peine par la création d’un « juge des victimes ». Ces
propositions sont évidemment aux antipodes des engagements qui lui étaient
proposés. À l’heure où tout indique que les alternatives à la détention et les
libérations anticipées sont le moyen de prévenir la récidive des infractions
pénales, les arguments qui soutiennent le projet de l’UMP sont ténus.
Sera-t-il possible de le convaincre, selon le mot de Fedor Dostoïevski, que
« ce n'est pas en enfermant son voisin qu'on se
convainc de son propre bon sens » ?
Les États généraux n’y ont pas renoncé.
Ce numéro spécial de Dedans
Dehors, structuré selon les trois actes qui ont scandé le déroulement des
États généraux de la condition pénitentiaire – la consultation (page 5), le
manifeste (page 41), les engagements (page 65) – a été sous-titré
« l’engagement sur parole ». Pour saluer la prise de parole
magistrale des détenus de France en même temps que cet engagement sans
précédent de la part de la grande majorité des candidats. Dans l’attente d’un
prochain numéro où vous aurez, espérons-le, le plaisir de pouvoir y lire un
article intitulé « de la parole aux actes ».
Jean Bérard et Patrick Marest
tirer les lecons du passe
états généraux de la
condition pénitentiaire
tirer les leçons du
passé
Lancée le 10 janvier 2006, à
l’initiative de l’OIP, la démarche des États généraux de la condition
pénitentiaire a réussi à inscrire à l’ordre du jour de la campagne électorale
la question carcérale. Pendant un an, ce collectif d’organisations représentatives
du monde des prisons a d’abord organisé une vaste consultation inédite de tous
les acteurs de terrain, puis transformer cette prise de parole en propositions
de réforme, de sorte à susciter l’engagement sans ambiguïté de l’ensemble de la
classe politique. Pour en arriver là, les États généraux ont analysé les
raisons des tentatives avortées de réformes et souhaité créer les conditions du
renversement de perspectives porté par les instances nationales et
internationales de protection des droits de l’homme. Cette « œuvre »
en trois actes commencera à prendre tout leur sens au lendemain du second tour
de l’élection présidentielle.
Au soir du 16 janvier 2007, les
États généraux de la condition pénitentiaire ont recueilli l’engagement de sept
candidats à l’élection présidentielle (François Bayrou, Corinne Lepage,
Ségolène Royal, Dominique Voynet, Marie-George Buffet, Olivier Besancenot et
Arlette Laguiller) à mettre en œuvre, s’ils sont élus, les dix points de la
déclaration qui leur a été soumise. Ce numéro spécial de Dedans dehors
retrace les différentes étapes de la démarche qui a permis de parvenir à ce
premier résultat, prélude, nous l’espérons, à une transformation radicale de
notre système pénitentiaire. Il présente les trois actes qui ont rythmé cette
année de mobilisation : l’organisation d’une consultation des acteurs du
système judiciaire et pénitentiaire, l’élaboration du cahier des charges d’une
réforme des prisons, l’interpellation politique et la réponse apportée par les
candidats à la Présidence de la République.
Mais, avant cela, il faut expliciter les raisons de notre démarche. Les
constats sur le désastreux état des prisons existaient déjà. Ils existaient
tant que, par exemple, lorsque est paru le rapport d’Alvaro Gil-Roblès, nous avons
entendu des journalistes demander non pas : « Que pensez-vous de ce
rapport ? », mais « Expliquez-nous en quoi ce rapport a une
chance de ne pas être un rapport de plus enterré, après avoir dénoncé une
réalité hélas bien connue ? ». À cette question nous n’avions pas, à
l’évidence, de réponse satisfaisante.
Pour sortir de cette impasse, les États généraux ont voulu faire trois
choses : 1) donner la parole aux personnes les plus directement concernées
par le système carcéral, et, parmi elles, évidemment, les personnes détenues,
2) faire de cette parole une force de proposition inscrite dans le moment le
plus important pour le débat politique : l’année de campagne pour les
élections présidentielles et législatives 3) dans ce même temps de campagne, interpeller
l’opinion publique sur la nécessité d’une réforme fondamentale du
fonctionnement de l’institution pénitentiaire. Pourquoi ? Pour prendre la
mesure de ce qui, dans les trente dernières années, a conduit à faire de la
question des prisons et des peines, un véritable sujet politique. Pour cela, il
faut revenir un peu en arrière.
1971, les détenus disent
« l’intolérable »
« La connaissance, les réactions, les indignations, les réflexions sur
la situation pénitentiaire, tout cela existe, au niveau des individus, mais
n’apparaît pas encore. Il faut maintenant que l’information circule, de bouche
à oreille, de groupe en groupe. La méthode peut surprendre, mais c’est encore
la meilleure. Il faut que l’information rebondisse ; il faut transformer
l’expérience individuelle en savoir collectif. C’est-à-dire en savoir
politique. » C’est le programme que donnait Michel Foucault au Groupe
d’information sur les prisons (GIP) créé en février 1971, avec Jean-Marie
Domenach et Pierre Vidal-Naquet. Leur but est de recueillir la parole des
détenus. Pour cela, le Groupe élabore un questionnaire, qu’il diffuse notamment
par l’intermédiaire des familles. En mai et juin, le GIP publie ses premières
brochures, élaborées à partir des réponses au questionnaire, avant de se dissoudre
et de laisser la place au Comité d’action des prisonniers (CAP). À partir de
janvier 1973, ce dernier publie un journal qu’il vend devant les prisons. Dès
son deuxième numéro, une liste de revendications paraît : « les
onze premiers points du CAP ». Face à cette démarche inédite, les
autorités réagissent dès janvier 1972, en dépêchant un ancien directeur de
l’administration pénitentiaire à Toul pour rendre un rapport. En septembre de
la même année, un décret crée les commissions d’application des peines et
élargit les possibilités de permissions de sortir. En octobre, le garde des
Sceaux René Pleven déclare devant le Sénat qu’ « il y a trop de détenus ».
En avril 1974 est crée le premier, et seul à ce jour, secrétariat d’État à la
condition pénitentiaire, confié à Hélène Dorlhac. En août, après des mutineries
réprimées de manière très violentes, le président Valéry Giscard d’Estaing
visite les prisons de Lyon. Il serre la main d’un détenu devant un photographe,
pendant que le ministre de la Justice ouvre au public la prison de Loos
« saccagée » par les détenus. En mai 1975, un décret accorde certains
droits nouveaux aux détenus. Mais, dès l’été, la droite entreprend une campagne
de presse pour la sécurité, et le ministre de l’Intérieur, M. Poniatowsky, évoque
les « prisons quatre étoiles ». Un moment de l’histoire des
prisons s’achève, qui a fait émerger la légitimité de la parole des détenus et
leur droit à porter des revendications sur ce qu’ils jugent
« intolérable » dans le traitement qui leur est infligé.
1981, l’engagement présidentiel pour l'abolition de
la peine de mort
En septembre 1971, deux
détenus de Clairvaux, Claude Buffet et Roger Bontems, tentent de s’évader en
prenant en otages une infirmière et un surveillant qu’ils exécutent lorsque les
forces de l’ordre donnent l’assaut. Ils sont tous deux condamnés à mort. Malgré
les demandes exprimées par leurs avocats Robert Badinter et Thierry Lévy, le
président Georges Pompidou refuse de les gracier et ils sont exécutés. C’est le
début d’une décennie de mobilisation qui vise, après deux siècles de tentatives
vaines, à obtenir l’abolition de la peine de mort. Elle se manifeste dans les
procès où des accusés risquent la peine capitale. Lors de la discussion du
projet de budget pour 1979, plusieurs amendements tendant à supprimer les
crédits du bourreau (soit 185.000 francs) sont déposés à l’Assemblée nationale
et au Sénat et leur discussion donne lieu, dans les deux enceintes
parlementaires, à un débat, en quelque sorte improvisé, sur la question de la peine
de mort. Le garde des Sceaux, Alain Peyrefitte, promet alors l’organisation
d’un débat spécifique sur ce sujet au cours des mois suivants. De fait, une
déclaration du gouvernement sur l’échelle des peines criminelles est discutée à
l’Assemblée nationale en juin et au Sénat en octobre 1979, mais aucun texte
n’est ensuite déposé par le pouvoir exécutif. La question de l’abolition de la
peine de mort est à nouveau évoquée lors de la discussion de la loi
« Sécurité et Liberté » au printemps 1980, mais l’approche de
l’élection présidentielle fige les positions. Lors de la campagne de 1981, le
candidat François Mitterrand fait publiquement savoir qu’il est favorable à
l’abolition de la peine de mort, prenant à rebrousse-poil ce qu’il sait être
l’avis dominant au sein de l’opinion publique. Dans le cadre de l’élection
législative de 1981, tous les partis de gauche inscrivent l’abolition à leur
programme. En élisant François Mitterrand, puis une majorité de gauche au
Parlement, les Français choisissent l’abolition, qui est votée à l’automne
1981, sur la proposition de Robert Badinter.
2000, l’occasion manquée
Dans les tous premiers
jours de janvier 2000, la publication du témoignage du docteur Véronique
Vasseur concernant les conditions de détention à la maison d’arrêt de la Santé
déclenche une très grande émotion. La presse se saisit de la question
carcérale. En mars, un rapport sur le contrôle des prisons remis à la garde des
Sceaux Elisabeth Guigou par la commission présidée par le Premier président de
la Cour de Cassation Guy Canivet conclue à la nécessité d’une loi
pénitentiaire. Deux commissions d’enquête ont été initiées, à l’Assemblée
nationale et au Sénat. À l’issue de leurs travaux respectifs, elles dressent en
juin des constats similaires : l’urgence d’une réforme pénitentiaire qui
garantisse les droits et la dignité des détenus. Députés et sénateurs, de
gauche comme de droite, sont alors unanimes pour affirmer que l’adoption d’une
« grande loi pénitentiaire » constitue le préalable indispensable à
toute évolution effective de la vie quotidienne dans les prisons. Jacques
Chirac lui-même affirme, le 14 juillet 2000 : « Nous avons 51 000
prisonniers, c'est un nombre excessif, il faut le diminuer ». Mais, un an plus tard, le Président de la
République change radicalement de discours en plaçant le thème de l’insécurité
au centre de son allocution. Les espoirs, déjà tempérés par la lenteur
et les conditions entourant la rédaction du projet de loi pénitentiaire initié
par la ministre de la Justice, Marylise Lebranchu, seront ensuite vite déçus et
en mars 2002, soit presque deux ans après les enquêtes parlementaires, le
conseil des ministres raye le sujet de son ordre du jour. Exit donc la loi pénitentiaire. Pire, la prise de conscience
politique laisse la place à une tendance résolument inverse. En octobre 2001
éclate l’ « affaire Bonnal ». Libéré sous contrôle judiciaire
en décembre 2000, faute de motifs sérieux pour le maintenir en détention
provisoire, Jean-Claude Bonnal, dit « le Chinois », est soupçonné
d’être impliqué dans un cambriolage le 16 octobre 2001, au cours duquel deux
policiers sont tués. Il est également mis en examen pour un quadruple meurtre
commis le 6 octobre. Largement médiatisée, cette tragédie signe le début d’un
nouvel accroissement de la population carcérale, qui s’est poursuivi après
l’élection en 2002 d’une nouvelle majorité. La fenêtre ouverte par le livre de
Véronique Vasseur s’est refermée.
2007, des candidats engagés
Ouvrir la porte pour
une réforme et lui donner les moyens de ne pas se refermer, constituait la
feuille de route des États généraux de la condition pénitentiaire. En donnant
la parole aux acteurs du monde des prisons pour en faire de véritables sujets
politiques et créer ce qu’un détenu qui a participé à la consultation a appelé
son « utopie » : « Retrouver les principes
fondamentaux de notre République et en particulier la libre pensée, donc la
libre parole ». Mais aussi en engageant cette démarche dans le temps
de la campagne présidentielle, durant lequel les hommes et femmes politiques
scellent leurs engagements devant leurs électeurs. Et en essayant de convaincre
le plus grand nombre de candidats et, plus largement de citoyens, que la
rupture avec l’état actuel des prisons est nécessaire. Foucault a défini à la
fin des années 1970 sa position politique en disant vouloir être « tolérant
quand une singularité se soulève », mais « intransigeant quand
le pouvoir enfreint l’universel ». Les États généraux se sont donné
les moyens de mettre en demeure l’État de cesser d’enfreindre l’universel
derrière les hauts murs des prisons de la République.
Jean Bérard
acte I
acte I : la consultation
petite histoire d'une
consultation inédite
Que de chemin parcouru depuis ce 10
janvier 2006, date à laquelle l’OIP a appelé à la tenue d’États généraux de la
condition pénitentiaire ! Une mobilisation sans précédent de la part des
organisations représentatives des différents acteurs du monde des prisons qui
rend possible et assure le succès d’une consultation individuelle inédite. Plus
de 20 000 personnes ont participé à cette prise de parole historique. Le
premier acte d’une opération dont les résultats ont été rendus publics à
l’automne dernier. Retour sur les premiers pas d’une démarche singulière.
« Il est temps aujourd'hui
que l'ensemble des acteurs du monde judiciaire et pénitentiaire se réunissent.
Et qu'ils interpellent collectivement nos concitoyens comme nos décideurs
publics sur les conséquences délétères de l'enfermement pour les personnes et
sur les conditions de travail en détention. Il est de notre responsabilité de
placer une nouvelle fois la société française face à ses prisons. »
C’est en ces termes que l’OIP a appelé, le 10 janvier 2006, dans le quotidien Libération,
à la tenue d’États généraux de la condition pénitentiaire. L’idée est née deux
mois plus tôt, le 2 novembre 2005, après la publication par le Nouvel
Observateur d’un appel signé par 200 personnalités dénonçant la « honte »
que leur inspiraient les prisons françaises. Pour que cette mobilisation ne
reste pas sans lendemain, une démarche inédite est alors imaginée :
l’organisation d’une consultation individuelle de l’ensemble des acteurs du
monde judiciaire et carcéral afin que chacun puisse faire savoir ce qui lui
semble être l’intolérable de la condition pénitentiaire et dire ce que sont ses
espoirs de réforme. Pour la première fois, au-delà de la seule compilation de
revendications syndicales ou associatives, les attentes exprimées seraient le
fruit d’une prise de parole individuelle, transformée en interpellation
collective.
une mobilisation collective
Dix organisations
répondent à l’appel de l’OIP. Elles représentent l'ensemble des acteurs de
terrain concernés : deux syndicats de personnels pénitentiaires – la CGT
et le Syndicat national de l’ensemble des personnels de l’administration
pénitentiaire (SNEPAP) –, deux associations investies dans la lutte contre
l’exclusion – Emmaüs et la Fédération nationale des associations d’accueil et
de réinsertion sociale (FNARS) –, deux syndicats de
magistrats – le Syndicat de la magistrature (SM) et l’Union syndicale des
magistrats (USM) –, trois organisations
d'avocats – le Conseil national des barreaux (CNB), le Syndicat des
avocats de France (SAF) et la Fédération nationale des unions des jeunes
avocats (FNUJA) –, et deux organisations de défense
des droits de l'homme – la Ligue des droits de l’homme (LDH) et l’OIP.
Sollicité, le sénateur Robert Badinter s’enthousiasme pour ce projet « tout
à fait novateur et important […] parce que l’idée est de libérer la
parole en même temps que de réunir des intervenants qui, tous, jouent un rôle
au regard de la situation carcérale ». Le 7 mars 2006, l’ancien garde des Sceaux annonce, aux côtés des onze
partenaires réunis, le lancement des États généraux de la condition
pénitentiaire, lors d'une conférence de presse à l'Hôtel de ville de Paris. À
cette occasion, Alvaro Gil-Roblès, dont le mandat de commissaire aux droits de
l'homme du Conseil de l'Europe vient de s’achever, salue l'initiative. « Votre
démarche, écrit-il, démontre le niveau très élevé du développement de la
conscience de la société civile en France. La réforme passe certainement par
une telle sensibilisation. Votre initiative est un pas important dans cette
direction. Il faut impérativement aboutir aux changements tant attendus. Ce
n’est que tous ensemble que nous pourrons relever le défi consistant à
améliorer la condition pénitentiaire en France et dans toute l’Europe. »
une démarche inédite
Donner la parole à tous
« ne sera pas facile » prévient Robert Badinter. Pour que
l’opinion des personnes détenues puisse être largement recueillie, l’opération
ne peut « se faire en opposition avec l’administration pénitentiaire ».
Dans les semaines qui entourent cette conférence de presse inaugurale, un
intense travail de préparation s’engage donc. L’institut BVA, qui a déjà
réalisé une enquête pour Emmaüs, est approché. C’est lui qui assurera le
traitement des questionnaires, afin de garantir la crédibilité de l'opération,
sa neutralité ainsi que l’anonymat des personnes consultées. En collaboration
avec BVA, un questionnaire est élaboré par les organisations participantes. Le
principe d’une réponse en ligne par le biais du site Internet de l’institut est
adopté. Pour les 60 000 personnes incarcérées, il faut cependant imaginer
un dispositif particulier. Les États généraux se rapprochent donc le 29 mars du
Médiateur de la République. Pressenti parce qu’il est en mesure de satisfaire à
l’exigence posée d’une réception sous pli fermé des réponses des détenus,
Jean-Paul Delevoye décide de s’engager plus encore. Il se propose d’assurer la
distribution en main propre du questionnaire, par le biais de son réseau de
délégués. Quelques jours plus tard, le 5 avril, le ministère de la Justice
accepte le procédé qui lui est présenté et s’engage à ouvrir les portes de tous
les établissements pénitentiaires aux délégués du Médiateur. Cet accord sera
formalisé par une note de la direction de l'administration pénitentiaire en
date du 18 mai 2006 qui demande aux chefs d'établissements, dans les cas où la
distribution ne pourrait être effectuée par la Médiature, de mettre les
questionnaires à disposition « dans chaque quartier de détention, dans
les lieux de passage, afin que les détenus puissent en prendre un exemplaire
aisément ».
une prise de parole historique
« C'est
révolutionnaire ! D'un intérêt extrême ! Je pense que c'est la première fois
qu'une telle opération a lieu en Europe et peut-être même dans le monde. C'est
la rupture du silence carcéral ! », s’exclame Robert Badinter, le
24 mai 2006, lors de la présentation conjointe du questionnaire et du mécanisme
de la consultation. Lors de cette seconde conférence de presse des États
généraux, Jean-Paul Delevoye annonce qu’il va se rendre immédiatement à la
maison centrale de Poissy pour, symboliquement, distribuer les premiers exemplaires
du questionnaire aux personnes détenues. Le lendemain, le même document est mis
en ligne sur le site de BVA à l’usage des familles, des personnels de
surveillance, des services d’insertion, des services médicaux, mais aussi des
magistrats, des avocats et des autres intervenants extérieurs. Tout au long des
mois de juin et juillet, 45 259 questionnaires sont remis en main propre
aux détenus par les 137 délégués du Médiateur au sein de 115 lieux de
détention, tandis que 14 000 sont mis à disposition par l’administration
pénitentiaire dans les 73 autres établissements. Aussitôt, les enveloppes T
permettant aux détenus de renvoyer gratuitement le document soigneusement
rempli affluent au siège de la Médiature. Sur Internet, le succès de la
consultation est plus long à se dessiner. Il sera finalement au rendez-vous, à
l’exception notable des surveillants. Méfiants, ils hésitent à exprimer par le
biais qui est proposé leur propre appréciation de la situation, dont on sait
pourtant que, bien souvent, ils s’estiment tout autant victimes que les
détenus. Une participation massive de leur part aurait cependant été conforme
aux prises de position souvent virulentes de leurs organisations syndicales,
qui ne manquent pas de dénoncer les affres de la surpopulation. Pour ne citer
que cet aspect d’une réalité carcérale que les surveillants de prison sont en
mesure d’évaluer mieux que quiconque. Pourtant, deux parmi ces syndicats ont
préféré garder leur distance d’une démarche que l’un, l’UFAP, considère être
une « provocation », tandis que l’autre, FO, juge qu’elle
« bafoue » la République. Prenant acte en la regrettant de
cette opposition syndicale, les États généraux proposent néanmoins une
distribution « papier » du questionnaire, à l’image de ce qui a été
fait pour les personnes détenues. La participation active du Ministère étant
dès lors nécessaire, il est sollicité dès les premiers jours de juillet en ce
sens. La demande est rejetée sans appel.
Au final, entre juin et septembre
2006, 5 397 réponses sur le site de BVA sont comptabilisées, dont un peu plus
de 2 000 s’avèrent suffisamment renseignées pour être considérées comme
exploitables selon les critères de l’institut. Une « bonne »
participation, estime BVA. Pour ce qui est des personnes détenues, le taux de
retour est jugé proprement « exceptionnel ». 15 600 ont
en effet été reçus par la Médiature. Les détenus ont non seulement répondu en
nombre, mais « avec un civisme qui dépasse les espérances communes
d’une expérience de démocratie participative ». Un constat qui doit
inciter la société à changer le regard qu’elle porte sur les personnes faisant
l’objet d’une peine privative de liberté… et qui est aussi la principale
demande exprimée par les détenus.
Isabelle Roger et Stéphanie Coye
Sommaire de la partie :
p.6 :
petite histoire d'une consultation inédite
p.8 : prise de parole des acteurs : premier bilan
p.14 : les principaux enseignements de la consultation selon BVA
p.18 : les résultats par thèmes
p.28 : les résultats des questions ouvertes
p.29 : l'analyse par acteurs
acte II
acte II : le manifeste
dire ce qu'il faut
faire
pour que la prison change
La consultation des acteurs du monde
pénitentiaire a fait émerger un grand nombre d’attentes. Pour que cette prise
de parole se transforme en perspectives concrètes, les États généraux sont
entrés dans une seconde phase. Objectif : créer les conditions d’émergence
d’une politique de réforme dynamique et profonde.
S’appuyant sur les constats partagés
et les attentes convergentes exprimés par les acteurs du monde pénitentiaire au
cours de la consultation, ainsi que sur le renversement de perspectives proposé
par les instances françaises et européennes de protection des droits de
l’homme, les organisations participantes aux États généraux ont travaillé
ensemble à l’élaboration de trois documents : des « cahiers de
doléances », un « manifeste » et une « déclaration
finale ».
de la consultation au manifeste
Directement issu de
la consultation, le premier document compile en 110 pages les éléments de
réforme les plus souvent retenus par les répondants, ordonnés en quatre grandes
thématiques : le respect des droits de l’homme dans la prison, le contenu
du temps passé en prison, les soins pour les personnes malades détenues et la
préparation à la sortie de prison. Dans chacune de ces parties, sont en outre rappelés
le pourcentage de personnes qui ont énoncé telle ou telle attente, des extraits
des réponses aux questions ouvertes qui figuraient en conclusion du
questionnaire, ainsi que les recommandations en la matière du Conseil de
l’Europe, de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, des
rapports d’enquête parlementaires de 2000, etc., le tout enrichi d’éclairages
ponctuels sur certaines « bonnes pratiques » étrangères, voire françaises.
Ainsi constitués, ces cahiers de doléances ont nourri la réflexion des États
généraux et abouti au manifeste. Composé de deux parties, ce manifeste réunit,
de façon plus synthétique, les « éléments déterminants de la
transformation de la condition pénitentiaire » (lire p.48), mais
également « les conditions d’élaboration de la réforme »
(p.52). En effet, « tirant les enseignements de la période
récente », et notamment du renoncement des gouvernements et parlements
qui se sont succédés depuis 2000 à voter une loi pénitentiaire, les États
généraux ont souhaité formuler des « éléments de méthode » et des
« principes d’élaboration » de la réforme. Par exemple, la loi
pénitentiaire « ne saurait être laissée aux bons soins du seul
ministère de la justice », mais « devrait être confiée à une
"mission interministérielle pour la réforme de la condition
pénitentiaire", conduite par une personnalité "incontestable et
incontestée" et composée des représentants de tous les ministères
concernés mais aussi de personnalités qualifiées de la société civile ».
Enfin, des cahiers de doléances et de ce manifeste, les États généraux ont tiré
la déclaration finale, c'est-à-dire les dix principes fondamentaux,
constitutifs d’une « profonde réforme du régime des prisons et des
droits des personnes privées de liberté », qui ferait de l’enfermement
une sanction de dernier recours, placerait la prison dans l’État de droit et
affirmerait la réinsertion comme une mission centrale de l’administration
pénitentiaire (p.64).
la journée de clôture
L’ensemble de ces
documents ont été rendus publics le 14 novembre 2006, au cours d’une journée de
« clôture » qui s’est tenue à la Maison de la Radio, à Paris, et
durant laquelle les organisations participant aux États généraux ont réitérés
collectivement leur détermination à faire aboutir les revendications exprimées
lors de la consultation (p.56). À cette occasion, différentes personnalités,
fortement investies dans la protection des droits des détenus, ont apporté leur
soutien à la démarche, dit leur espoir de la voir aboutir et l’impératif d’y
parvenir. Le Premier président de la Cour de cassation, Guy Canivet, est ainsi
venu rappeler la nécessité d’une loi pénitentiaire et d’un contrôle extérieur
(p.46). Joël Thoraval, président de la Commission nationale consultative des
droits de l’homme, est également intervenu au cours de l’après-midi, afin de
mettre en perspective les résultats des États généraux avec les recommandations
de la Commission et insister sur la nécessité « de changer notre regard
sur la réalité du monde carcéral » (p.60). Marc Nève, du Comité
européen pour la prévention de la torture (CPT), Nathalie Duhamel et Tassadit
Imache, de la Commission nationale de déontologie de la sécurité, Liliane
Daligand, de l’Institut national d’aide aux victimes et de médiation, ou encore
l’ancienne garde des Sceaux Marylise Lebranchu, étaient également présents
(p.62). Mais aussi des personnes anciennement détenues, des proches de
personnes incarcérées, des médecins intervenant en prison, des visiteurs, etc.
Ponctuée de débats et de la diffusion de dix courts-métrages (lire ci-contre),
la journée s’est achevée par la lecture, par Robert Badinter, de la déclaration
finale, et par son adoption à l’unanimité des participants.
un appel à l’engagement des candidats
Les États généraux
ont décidé de soumettre cette déclaration aux candidat(e)s à la Présidence de
la République, afin que chacun(e) prenne position et s’engage. Pour les
organisations participantes en effet, s’il est clair que la réforme doit
mobiliser l’ensemble des pouvoirs publics, impliquer la société civile et
déboucher sur un débat national, il l’est tout autant qu’un engagement
personnel et sans ambiguïté des candidats est la condition sine qua non
pour qu’enfin soit mise en œuvre la réforme tant attendue, et tant de fois
repoussée. La campagne électorale constitue en cela un « moment
privilégié » et qui, a souligné Robert Badinter, « ne se
représentera pas de sitôt ». Comment obtenir une telle
réforme autrement ? « Quand on descend dans la rue… Les
prisonniers descendent dans la rue ? Quand on est un lobby puissant qui
peut bloquer le fonctionnement de la société… Les prisonniers sont un lobby
puissant qui peut bloquer le fonctionnement de la société ? »
C’est lors des élections présidentielles et législatives de 1981 que s’est joué
le sort de la peine de mort en France. C’est certainement dans les prochains
mois que sera scellé le sort de la prochaine réforme des prisons.
Adeline Combet et Stéphanie Coye
Sommaire de la partie :
p.42 : dire
ce qu'il faut faire pour que la prison change
p.44 : Robert Badinter : "la voie d'une réforme profonde
p.46 : Guy Canivet : "le rappel à la loi"
p.48 : le manifeste : les éléments constitutifs d'une transformation
p.52 : le manifeste : les conditions d'élaboration de la réforme
p.60 : Joël Thoraval : la CNCDH en première ligne
p.62 : en débats
p.64 : la déclaration finale
acte III
acte III : les engagements
l'engagement sur parole
« Nous commençons
un combat », a prévenu Henri Leclerc
le 14 novembre lors de la journée de clôture des États généraux. Atteindre
l’objectif qu’ils se sont donné nécessitait en effet de ne pas se satisfaire de
la consultation et de ses résultats, aussi importants soient-ils, mais de
poursuivre la tâche afin de susciter un engagement fort des candidats,
mobiliser l’ensemble des pouvoirs publics, impliquer la société civile et
déboucher sur un débat national.
Dans leur déclaration finale, les
États généraux ont décidé de soumettre leur principe à l’appréciation des
candidats à la présidentielle « de sorte à susciter de leur part un
engagement personnel de réformer profondément le régime des prisons en France », ainsi qu’aux députés et sénateurs, et au pouvoir exécutif. Ce dernier, en la personne de
Pascal Clément, a cependant réagi à la démarche des États généraux avant même
la publication des résultats de la consultation, en multipliant les annonces,
tel que la mise en place d’un contrôle extérieur ou l’application des règles
pénitentiaires européennes dans les prisons françaises (lire p.68). La
transformation de la condition carcérale demandée au travers du questionnaire
appelait cependant une autre réponse et non pas, comme l’expliquait Robert Badinter le 20
octobre, « un bricolage, rapidement, pour dire que l’on a fait quelque
chose in extremis ». C’est pour cela
que, depuis le départ, les États généraux ont inscrit leur démarche dans la
campagne présidentielle, convaincus que c’est dans un tel moment que se jouera
le sort d’une réforme, grâce à une sensibilisation de l’opinion publique et un
engagement fort des candidats.
les candidats s’engagent
Au lendemain du 14 novembre, la
déclaration finale a été envoyée aux candidats à la Présidence de la
République, en leur demandant de prendre position sur les principes de réforme
contenus dans le texte et, le cas échéant, de s’engager à les mettre en œuvre.
Il leur était demandé d’y répondre par un court texte, avant le 22 décembre. Si
un seul a respecté ce délai, tous les candidats sollicités ont finalement
répondu, à l’exception de Philippe de Villiers. Ces réponses ont été rendus
publiques le 16 janvier 2007, lors d’une conférence de presse au Sénat. Sept candidats
sur neuf ont souscrit dans son intégralité à la déclaration qui leur était
soumise : François
Bayrou, Olivier Besancenot, Marie-George Buffet, Arlette
Laguiller, Corinne Lepage, Ségolène
Royal et Dominique
Voynet (p.70). Un candidat, Nicolas Sarkozy, ne s’engage pas
sur la base de la déclaration, ni sur l’ensemble des principes de réforme
qu’elle contenait, mais prend position en faveur de certains points et avance ses
propres propositions. Un autre enfin, Jean-Marie Le Pen rejette les tenants et
aboutissants de la démarche de réforme des prisons demandée par les Etats
généraux.
L’émergence
d’un positionnement commun de l’extrême gauche jusqu’à l’UMP sur « la
nécessité d’appliquer les Règles pénitentiaires européennes »,
d’élaborer « une loi pénitentiaire qui définira les missions de
l’administration pénitentiaire, les droits des détenus et les conditions
générales de la détention » et d’instaurer « un organe de
contrôle extérieur » est « un événement dont il faut mesurer la portée ».
Par ailleurs, la signature sans
réserve de sept candidats témoigne « d’une volonté claire de rupture
avec le fonctionnement actuel de nos prisons, d’un accord sur le diagnostic posé
sur notre système carcéral et sur les fondements de la réforme à accomplir ».
À ce titre, le refus de Nicolas Sarkozy de s’engager sur l’ensemble des
principes est regrettable, car, rappelle les États généraux, « les dix
points […] ne peuvent pas plus être l’objet d’une reconnaissance
partielle que les droits fondamentaux qu’ils visent à promouvoir ».
faire œuvre de pédagogie
Les États
généraux ont tenu à souligner, lors de la conférence de presse rendant compte
des réponses, que « l’engagement de la très grande majorité des
candidats ne marque pas la fin de notre travail ». Ainsi, « point
par point, les États généraux veulent, au fil de la campagne électorale
présidentielle, illustrer le sens de ce qu’ils proposent par contraste avec la
situation actuelle et montrer que ces transformations seront bénéfiques tant
pour les personnes détenues que pour tout ceux qui travaillent en prison et
pour la société dans son ensemble. » Des débats sont également, dans
la même optique, organisés en régions depuis le 14 novembre. Le premier a eu
lieu à la maison des avocats à Pontoise, en région parisienne, le 20 novembre.
Commençant par une présentation de la démarche des États généraux et du contenu
de la réforme, il s'est prolongé par trois heures de discussion avec les
personnes présentes dans la
salle. D'autres ont suivis, et suivront encore, à Bobigny,
Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Saint-Étienne, Toulouse, Versailles,
etc. Avec, à chaque fois, l’opportunité pour les organisations participantes de
restituer la parole recueillie lors de la consultation, de faire entendre leurs
propositions de réforme et la nécessité pour tous de la mettre en œuvre, et
faire ainsi un « travail permanent de pédagogie ». à cela
s’ajoutent des interventions des États généraux lors de rencontres plus
spécifiques, comme aux 3èmes rencontres parlementaires, au colloque
organisé le 12 janvier par le groupe Mialet sur la justice ou encore à l’École
nationale de la
magistrature. Dans ce lieu en effet, une projection-débat
autour de « La honte de la république », un documentaire diffusé
par Canal + en soirée de la journée de clôture, a été
organisé le 11 décembre. 74 minutes au cours desquelles, du moins peut-on
l'espérer, la centaine d’auditeurs de justice présents, soit un tiers de la
prochaine promotion de magistrats, aura été amené à réfléchir au sens des
peines d'emprisonnement qu'ils seront amenés à prononcer dans l'avenir.
débattre encore et
toujours
Ces
rencontres sont en effet aussi l’occasion de prolonger la discussion avec les
acteurs du monde pénitentiaire, visiteurs, avocats, magistrats, mais aussi, et
peut-être surtout, avec les personnels de l’administration pénitentiaire, qui
ont répondu faiblement à la consultation. Cela a été le cas dans plusieurs
villes, et notamment à Nancy où étaient présents, non seulement les partenaires
des États généraux, mais également la nouvelle directrice
et un lieutenant de la maison d’arrêt, ainsi que le responsable du service
pénitentiaire d’insertion et de probation. Chacun tenant à faire entendre leur
voix et prolongeant ainsi localement la prise de parole inédite de la consultation. Autres
invités : les hommes et femmes politiques, et notamment les candidats à la
présidentielle ou aux élections législatives, ou des membres de leur équipe de
campagne. Comme à Lyon par exemple, où étaient présents le responsable de la commission Justice
des Verts Henri Balmain, la sénatrice socialiste et vice-présidente du conseil régional de Rhône-Alpes Christiane
Demontès, ou encore le député UMP Georges Fenech, qui
a tenu à expliquer qu’à son avis la moitié des personnes incarcérées n’avaient
rien à faire en prison ! Ainsi, ces débats sont l’occasion d’interpeller
encore et toujours. Car, malgré les engagements obtenus, les États généraux ont
bien l’intention de se montrer « attentifs sur la manière dont
les différents candidats, au travers de leurs programmes respectifs, entendent
les mettre en œuvre ».
Pour autant, les États généraux sont convaincus que les responsables
politiques seront, une fois n’est pas coutume sur ce sujet, au rendez-vous de
l’histoire. Parce que, comme l’a souligné Robert Badinter le 14
novembre, « l’histoire enseigne que dans le bilan d’un Président
figure toujours au premier rang les actes d’humanité qu’il ou elle aura eu à
cœur d’accomplir ». Parce que surtout les
principes contenus dans la déclaration répondent à l’intérêt des uns et des
autres. Parce que n’ont rien à y perdre, et même ont tout à y gagner, les
personnes détenues comme les personnels de l’administration pénitentiaire ou
les personnes qui interviennent en détention, et, plus globalement, la société. Cette société
dont on sait qu’elle demande avant tout, à ce que les personnes qui ont commis
des infractions soient mises en situation, pour reprendre l’expression des
Règles pénitentiaires européennes, de mener « une vie responsable et
exempte de crime ».
Jean Bérard et Stéphanie Coye
Sommaire de la partie :
p.66 : l'engagement sur parole
p.68 : ne nous payons pas de mots M. Clément !
p.70 : sept candidats s'engagent sans réserve
p.78 : l'engagement partiel de Nicolas Sarkozy
p.80 : dont acte !
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