sommaire
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Edito
- • Le candidat et la prison
Actu
- • Ministère de la Justice : changement de style) dans la continuité
- • La prison craque, ses personnels aussi
- • Premier rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté : radiographie de la « France captive »
- • Déontologie : la prison au ban des accusés
- • Tour de France cycliste pénitentiaire : une « Grande boucle » qui tourne à vide
- • Suicides en prison : l’hécatombe continue
- • Les dépôts ne doivent plus être des dépotoirs
De
facto
- • « Son inquiétude, c’est de mourir en prison alors qu’il n’a pas été condamné à mort »
- • La crise de la pastille
- • Condamné à indemniser des détenus, l’État fait appel
- • Mutinerie à Amiens
- • Violé en prison, un détenu attaque l’Etat
- • Questions de santé… et de procédure
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Dossier
• Pour que cesse la « honte ». Des prisons sans peine, des peines sans prison
• Déconstruction d’un discours (présidentiel)
• Une politique pénale « libérale autoritaire»
• Interview de Martine Herzog-Evans :
« Tout le monde attend la patrie autoproclamée
des droits de l’Homme au
tournant »
• Au dessus des lois et en dehors du
droit
• La démonstration de Markus Jaeger
• L’avertissement de Dan Kaminski
• Deux parlementaires face à la loi pénitentiaire
• Des Règles Péniblement Expérimentées
• Interview de Bertrand de Quatrebarbes : « Une labellisation reste quelque chose de très vague »
• Labellisation, piège à…
Lettres
ouvertes
dossier
Pour que cesse la « honte »
Des prisons sans peine,
des peines sans prison
« L’état de
nos prisons, nous le savons tous, est une honte pour notre
République ». N’en déplaise à l’administration pénitentiaire, le
constat,
fait par Nicolas Sarkozy devant le Congrès réuni à Versailles, est
indéniable.
La situation carcérale française reste cette « humiliation » dont
prirent conscience les parlementaires au fil des travaux de leurs
commissions
d’enquêtes en 2000. Un monde d’exception pour l’État de droit
et d’exclusion pour les droits de l’homme dont les multiples rapports
nationaux ou internationaux n’ont eu de cesse depuis lors de démontrer
la persistance. Un désastre humain et social dont le premier rapport
annuel du Contrôleur général des lieux de privation de liberté atteste
qu’il perdure près de dix ans après.
S’il ne fait aucun doute que « l’état de nos prisons est une honte »,
il est
certain que l’injonction du président de la République – en «
construire
de nouvelles » – ne saurait être présentée comme une solution crédible
pour résorber la surpopulation. Et encore moins comme un renversement
de perspective pour ce qui est de la condition pénitentiaire.
De fait, la politique pénale centrée sur l’emprisonnement dont il est
l’artisan et la politique pénitentiaire concentrée sur la construction
de
prisons dont il est partisan sont les deux faces d’une même pièce qui a
tout du mauvais vaudeville et de la monnaie de singe. En effet, la
multiplication
des peines d’emprisonnement ne protège pas plus la sécurité
dehors que l’extension infinie du nombre de places de prison ne
garantit
la dignité dedans.
Le réquisitoire présidentiel sur l’indignité dans
laquelle vivent les détenus
et l’impasse qui consisterait à attendre qu’ils se réinsèrent dans
ces conditions appelle une réforme qui ne se borne pas à l’amélioration
éphémère des conditions matérielles dans lesquelles s’effectue la peine
privative de liberté. Disparue de l’agenda politique en 2001, la
révolution
culturelle et juridique qu’appelait de ses voeux le rapport Canivet a
laissé place en 2002 à une idéologie répressive et punitive. Un
tournant
dont l’administration pénitentiaire a su tirer profit.
Au prétexte de la diversification croissante des populations
incarcérées
et de l’hétérogénéité des longueurs de peines prononcées, elle a
impulsé
en toute illégalité une profonde évolution de ses modes de gestion de
la détention basée sur l’instauration des régimes différenciés. Là
réside
le seul objectif que l’institution poursuit au travers de son projet de
loi
pénitentiaire : consacrer le caractère discrétionnaire de ses décisions
et
introduire une rupture dans le principe de l’égalité des droits des
détenus.
Autrement dit perpétuer le règne de la carotte et du bâton.
Pour que cesse la « honte », il faut poser l’exigence d’une « prison
sans
peine » et ouvrir le débat d’une « peine sans prison ». C’est
précisément
ce à quoi nous invitent les Règles pénitentiaires européennes dont
le respect de la lettre et de l’esprit impose de ne pas les détacher de
l’ensemble des recommandations du Conseil de l’Europe. C’est dire si la
condamnation pour traitement inhumain et dégradant que vient d’infliger
à la France la Cour européenne des droits de l’homme est opportune
pour dissiper définitivement la double illusion d’une « institution qui
se
réforme » et d’une « prison qui change ».
suite
également au sommaire du dossier : extraits
Déconstruction d’un discours (présidentiel)
Il y a la « honte », bien sûr. Mais il y a aussi et surtout ce que
le discours de Nicolas Sarkozy entend légitimer : le lancement
d’un nouveau programme de construction de prisons. Une
annonce dont le président de la République tente habilement
de camoufler le dessein : poursuivre et amplifier une politique
pénale dont l’alpha et l’oméga est l’emprisonnement. [...]
Une politique pénale « libérale autoritaire»
Depuis près de dix ans la politique pénale n’a eu de cesse de remplir les prisons,
l’incarcération restant au centre du dispositif pénal, tel un mètre-étalon. De fait,
on assiste à l’instauration d’un « nouveau modèle de justice néolibérale » voire
« libéral-autoritaire » qui, au nom de la sécurité et de l’efficacité, fait tourner à
plein régime le système judiciaire. Au risque de l’implosion. [...]
Interview de Martine Herzog-Evans :
« Tout le monde attend la patrie autoproclamée
des droits de l’Homme au
tournant »
Face à une loi pénitentiaire dans la très droite ligne de la politique pénale menée
depuis l’automne 2001, la juriste Martine Herzog-Evans dénonce, notamment
avec la logique de régimes différenciés, le détournement des règles pénitentiaires
européennes par la France. [...]
Au dessus des lois et en dehors du
droit
Interpelée en permanence depuis dix ans sur son incapacité à garantir le respect
de l’Etat de droit et des droits de l’homme, l’administration pénitentiaire n’entend
modifier en rien son approche de la personne détenue et de ses modes de
fonctionnement. Pire, elle a écrit « sa » propre réforme qui vise principalement
à une rupture dans l’égalité des droits des détenus et à légaliser les régimes de
détention différenciés. [...]
La démonstration de Markus Jaeger
Directeur de la coopération avec les structures nationales de droits
de l’homme à la direction générale « droits de l’Homme et affaires
juridiques » du Conseil de l’Europe, Markus Jaeger a interrogé
l’intitulé du colloque de l’OIP : « Une prison sans peine, des peines
sans prison », une pétition de principe ou un objectif réaliste ? [...]
L’avertissement de Dan Kaminski
Pour le criminologue et juriste belge, s’il est primordial de lutter pour le
respect des droits des détenus, il faut se méfier du détournement dont ils
pourraient faire l’objet. [...]
Deux parlementaires face à la loi pénitentiaire
Interroger les politiques pénales et carcérales à l’aune du projet de loi pénitentiaire à
mi-chemin de son parcours parlementaire. Tel était le thème de la journée de réflexion
organisée par l’OIP, le mois dernier, avec la complicité de deux élus en pointe sur ces
questions, le député socialiste Jean-Jacques Urvoas et le sénateur UMP Hugues Portelli. [...]
Des Règles Péniblement Expérimentées
La nature et les conditions de l’expérimentation des règles
pénitentiaires européennes en France permettent paradoxalement de
confirmer l’hostilité de l’administration pénitentiaire à la lettre et à
l’esprit des recommandations ou injonctions du conseil de l’Europe. [...]
Interview de Bertrand de Quatrebarbes : « Une labellisation reste quelque chose de très vague »
Dans le cadre de sa « mise en oeuvre » des Règles pénitentiaires européennes,
l’administration pénitentiaire décrit la labellisation des établissements comme « gage de
qualité de la démarche ». Bertrand de Quatrebarbes, président du réseau « France Qualité
Publique », nous explique ce qu’est une « démarche qualité » et nous aide à décrypter le
processus de labellisation des prisons. Entretien. [...]
Labellisation, piège à…
A en croire les documents de l’administration pénitentiaire,
les Règles pénitentiaires européennes seraient
désormais sa « charte d’action ». Mais, il faut très vite
déchanter. Ainsi, sous la plume de son directeur, Claude d’Harcourt,
on apprend que les RPE, « des recommandations sans
valeur contraignantes », s’appliquent « dans la mesure du possible
». Mieux ! « Si la majorité des règles est reconnue en totalité
ou partiellement, leur application pose parfois des difficultés,
dans les maisons d’arrêt notamment, en raison de l’ancienneté
de certains établissements, de la surpopulation carcérale ou
encore au regard de la réglementation ». D’où, pour l’instant, une
simple « expérimentation » des RPE. [...]