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Moins de prison

 
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Dedans dehors, n°63, septembre-octobre 2007, p.16.

un homme souffrant de débilité mentale profonde incarcéré depuis plus d'un an

D.P. est âgé de 55 ans, mais a un « niveau intellectuel se situant au niveau d'une débilité mentale caractérisée ». Nouveau-né, il a subi une hémorragie cérébrale. Depuis, il « présente une débilité profonde » et « de nombreuses séquelles physiques », a expliqué un expert psychiatre en avril 2003. « Son quotient intellectuel est voisin de 30 » et « il a besoin de tutelle et de surveillance » de manière à être « protégé de façon continue ». Pourtant, D.P. est en détention provisoire à la maison d'arrêt de Marseille (Bouches-du-Rhône) depuis le 17 juin 2006.

Il n’est depuis sorti de sa cellule qu’à l’occasion de ses consultations médicales et de ses rendez-vous au parloir. Selon son avocate, son état de santé s'est considérablement dégradé. Il a « perdu beaucoup de poids et se déplace de moins en moins bien ». Selon un membre du personnel soignant, « étant donné les capacités intellectuelles de D. P., le mettre en prison revient à le mettre en danger », mais l'Unité de consultation et de soins ambulatoires (UCSA) ne dispose « que de cinq chambres aménagées pour accueillir des détenus handicapés et malheureusement, D.P. est loin d'être la personne la plus mal lotie de l'établissement ». En règle générale, D.P. occupe une cellule proche de l'UCSA mais, explique un travailleur social, « il est arrivé à plusieurs reprises qu'il soit transféré dans des cellules situées au troisième ou au quatrième étage de la maison d'arrêt. Livré à lui-même, sa situation devient alors particulièrement précaire ».

Toutes les expertises réalisées depuis son incarcération s'accordent à dire que son état est incompatible avec la détention. La première, en date du 11 juillet 2006, concluait que D.P. était « atteint, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique abolissant totalement son discernement », qu’il n’était « pas accessible à une sanction pénale » et qu’il devait « faire l'objet d'une hospitalisation d'office dans un établissement psychiatrique, et ceci rapidement ». Quelques mois plus tard, le 29 décembre 2006, une contre-expertise a rejeté ces conclusions, mais en constatant à son tour les « sensibles difficultés d'adaptation au milieu carcéral » de D.P. et en recommandant son orientation « vers une institution adaptée, telle une maison de retraite, de manière à le soustraire aux situations exposées ». Selon le juge d'instruction, « aucune proposition alternative à la détention ne [lui] a été faite ». Ses deux demandes de remise en liberté ont donc été rejetées, au motif qu'elles ne présentaient pas les garanties de sécurité nécessaires.

(OIP)

 
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