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Politique pénitentiaire Rapport 2005

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Index de l'article
Politique pénitentiaire Rapport 2005
Limmobilier comme programme
LAP au garde avous
La loi pénitentiaire aux oubliettes ?
Le contrôle en miettes
Le paradoxe de la sécurité
notes

rapport 2005 : les conditions de détention en France - Chapitre Politique pénitentiaire
OIP/La découverte, 2005, 288p.

 

Politique pénitentiaire

Se précipitant au chevet de prisons françaises surpeuplées, les instances nationales et internationales de protection des droits de l’homme dénoncent l’indignité des conditions de détention comme l’arbitraire des règles de vie et de fonctionnement carcérales. Imperturbable, le gouvernement poursuit une politique pénitentiaire qui vise à augmenter les capacités d’accueil de son parc immobilier et qui pousse jusqu’à l’absurde la logique sécuritaire en détention. Dans ce contexte, les perspectives de reconnaissance de droits aux détenus et d’instauration d’un contrôle indépendant des prisons sont ajournées. 

Pour la première fois depuis sa création en 1990, le Comité pour la prévention de la torture (CPT) a considéré, au printemps 2003, que sa venue en France était « exigée par les circonstances », du fait de « l’augmentation récente et alarmante du surpeuplement des maisons d’arrêt ». Ce comité est une instance non juridictionnelle chargée, par des visites régulières, de prévenir les atteintes à Convention européenne pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants rédigée en 1987. Entre les 11 et 17 juin 2003, il a donc visité trois prisons françaises : les maisons d’arrêt de Loos (Nord) et de Saint-Roch à Toulon (Var), le centre pénitentiaire de Clairvaux (Aube). Remis le 20 novembre 2003, son rapport sonne comme un réquisitoire contre la politique pénitentiaire du gouvernement[1]. Dans les prisons, ont dénoncé les experts du Conseil de l’Europe, les détenus sont « soumis à un ensemble de facteurs néfastes – surpeuplement, conditions matérielles déplorables, conditions d’hygiène créant un risque sanitaire indéniable, sans même mentionner la pauvreté des programmes d’activités – qui peuvent légitimement être décrits comme s’apparentant à un traitement inhumain et dégradant ». Rappelant que sa dernière visite en 2000 s’était déroulée « à un moment où le système pénitentiaire français faisait l’objet de vives critiques et d’une sévère remise en question », le CPT indique que depuis, il a suivi « avec attention les développements destinés à améliorer les conditions de détention et à réduire le surpeuplement carcéral ». Au terme de son inspection, le Comité constate avec amertume que l’augmentation sans précédent du nombre de détenus « a considérablement compromis les projets destinés à améliorer les conditions de détention, voire ruiné certaines avancées ». La date de sa visite est emblématique. Le 15 juin 2000, les pouvoirs publics s’étaient donné trois ans pour parvenir à rendre effectif l’encellulement individuel des personnes détenues, un « élément essentiel à la préservation de la dignité des personnes et à la protection de leur intégrité physique » selon les termes de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Le 12 juin 2003, à l’occasion du vote de la loi contre la violence routière, les parlementaires ont enterré cet objectif et repoussé l’échéance à 2008. Le CPT est venu quelques jours plus tard constater les effets de ce renoncement.

Prenant soin d’évaluer les différentes « répercussions du surpeuplement », le CPT a relevé que dans les deux maisons d’arrêt visitées, « le seuil d’occupation situé largement au-dessus de 200 % de leur capacité officielle entravait le fonctionnement de tous les secteurs d’activités et mettait en péril tant la qualité de vie des détenus que les conditions de travail du personnel ». Ainsi, « la grande majorité des personnes détenues passait le plus clair des journées (hormis les deux à trois heures de promenade quotidienne) dans une très grande oisiveté, confinée en cellule dans une promiscuité et des conditions matérielles intolérables ». Dans son rapport, le Comité note « la tension croissante dans les relations entre surveillants et détenus ainsi qu’entre détenus, due à la promiscuité et à l’impossibilité de procéder à une répartition appropriée des détenus en cellule en fonction de leur statut ou de leur compatibilité ». Les personnels rencontrés par la délégation « ont été unanimes à dire que, dans les conditions actuelles de surpeuplement, les surveillants n’étaient plus à même de remplir leur mission. Certains ont indiqué considérer faire de l’“abattage”, entraînés dans une spirale “sécuritaire” consistant à contenir les tensions ». Le CPT ajoute que, « outre le sentiment palpable de frustration de ne plus pouvoir accomplir correctement son travail, le personnel ressentait une nette manifestation d’épuisement professionnel. Nombre de membres du personnel de surveillance ont du reste fait part du risque de réaction inadéquate lié à la fatigue et à l’épuisement professionnel ». « Clairement, en l’état actuel des choses », a conclu le Comité, « l’objectif consistant à détenir des personnes dans un environnement sûr, décent et sain, ne pouvait pas être atteint ». Il a alors sommé la France « d’accorder sans délai la plus haute priorité à la mise en place d’une stratégie cohérente de lutte contre le surpeuplement ». Le CPT a également dénoncé les « évolutions intervenues en matière de régime de détention des condamnés purgeant de longues peines » et la création des équipes régionales d’intervention et de sécurité (ERIS). Dans son rapport, le CPT s'est montré préoccupé par « le durcissement progressif à la maison centrale » de Clairvaux « du régime de détention en dehors des périodes d’ateliers et de sport », en particulier par le fait « qu’auparavant, les cellules étaient ouvertes pendant certaines périodes de la journée permettant aux détenus de se déplacer librement au sein d’un même demi-étage d’un quartier », ce qui n’était plus le cas au moment de sa visite. Il recommandait donc aux autorités françaises « de revoir les régimes de détention à Clairvaux », comme dans toute maison centrale où la situation serait similaire, afin que « les détenus [puissent] être en mesure d’exercer un certain degré de choix sur la manière de passer leur temps ». Le CPT s’est inquiété également de la disposition consistant, pour les membres des ERIS, à porter des cagoules. De son avis « aucune circonstance exceptionnelle ne peut justifier le port d’une cagoule par le personnel pénitentiaire dans une enceinte pénitentiaire ».

Le gouvernement a répliqué au CPT en deux temps. D’abord par le mépris, puisque Dominique Perben s’est autorisé à dénigrer les observations et préconisations du Comité en ces termes : « Il semblerait que ce rapport contienne un certain nombre d’approximations, d’erreurs et de propositions inadaptées à la situation actuelle des prisons françaises » [2]. Ensuite, en détaillant les axes de sa politique pénitentiaire : construction de prisons et renforcement des mesures de sécurité. Le gouvernement a répondu aux attaques sur les conditions matérielles de détention dans les maisons d’arrêt de Loos et de Toulon en arguant de l’ouverture prévue d’un nouvel établissement dans chacune de ces villes. Il a en cela tenu promesse puisque deux nouveaux établissements ont depuis lors vu le jour, Lille-Séquedin (Nord) et Toulon-La Farlède (Var). Mais, si l’ouverture de la maison d’arrêt de Lille-Séquedin a permis de réduire, et non de supprimer, la surpopulation de la maison d’arrêt de Loos, celle-ci tombant en juin 2005 à 106,4 %, la situation dénoncée par le CPT et nécessitant, selon lui, des mesures d’urgence, s’est perpétuée jusqu’à la fin de l’année 2004. Année marquée, selon le rapport d’activité de la maison d’arrêt, par un taux d’occupation moyen de 220 %. Mais surtout, comme l’établissent depuis longtemps les recommandations du Conseil de l’Europe en matière pénitentiaire, « l’extension du parc pénitentiaire n’est pas propre à fournir une solution durable au problème du surpeuplement »[3]. Ouvert en juin 2004, le quartier maison d’arrêt du nouveau centre pénitentiaire de Toulon-La Farlède affichait en juin 2005 un taux d’occupation de 141,1 %. Par ailleurs, comme la délégation du CPT l’avait souligné, « la situation observée dans les deux maisons d’arrêt était le lot de nombreux établissements pénitentiaires en France, et c’était là chose bien connue des autorités françaises ». Un constat toujours d’actualité au 1er juillet 2005 : sur un total de 234 établissements (ou quartiers d’établissement), 138 présentaient un taux d’occupation supérieur à 100 %, soit près de 60 %. Plus précisément, 13 avaient une densité supérieure ou égale à 200 %, 51 une densité comprise entre 150 et 200 % et 68 une densité comprise entre 100 et 150 %.

En matière de sécurité, la réponse du gouvernement est sans appel : « Le garde des Sceaux a décidé en 2003 de mettre en œuvre un programme de “fermeture des portes” en maison centrale. (…) A l’heure actuelle, les autorités françaises n’envisagent pas de revenir sur cette décision. » En ce qui concerne le port de cagoules, le gouvernement le justifie par la nécessité de « garantir l’anonymat et de sauvegarder tant l’intégrité physique des agents que celle de leur famille ». D’autant que « les membres des ERIS étant susceptibles de retourner, une fois l’intervention terminée, dans leurs lieux de détention d’origine en tant que surveillants pénitentiaires, il est indispensable de préserver leur sécurité et leur identité à l’égard de l’ensemble des détenus ». Le CPT n’a manifestement pas été convaincu par l’explication. Dans son rapport général d’activité, rendu public le 21 septembre 2004, il a exprimé de « sérieuses réserves », car, selon lui, cette pratique « fait évidemment obstacle à l’identification de suspects potentiels si et lorsque des allégations de mauvais traitements sont formulées » [4]. Cet échange avec le CPT est emblématique de la politique pénitentiaire menée par le gouvernement depuis lors. D’abord le refus de prendre en considération les recommandations des instances nationales ou internationales de protection des droits de l’homme. Puis l’affirmation de la possibilité de venir à bout d’une situation désastreuse en construisant sans cesse de nouvelles prisons et en renforçant toujours davantage les mesures de sécurité.


 
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