| Dossier : Prison : quelle réforme vaut la peine ? (n°45) |
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prison : quelle réforme vaut la peine ? La critique de la prison est aussi vieille que la prison elle-même. Mais, comme l’a expliqué Michel Foucault, "la prison a toujours été donnée comme son propre remède, la réactivation des techniques pénitentiaires comme le seul moyen de réparer son perpétuel échec, la réalisation du projet correctif comme la seule méthode pour surmonter l’impossibilité de le faire passer dans les faits." Seule une réforme de la peine, empreinte d’un profond scepticisme sur les vertus de l’enfermement, peut nous faire sortir de ce cercle sans fin.
"La Révolution
française a fait [de la prison] le cœur de l’économie
pénale" explique l’historienne Michelle Perrot.
"Il y avait des prisons sous l’Ancien Régime, mais
le centre de la pénalité résidait dans les châtiments
infligés aux corps des condamnés (…). Les
réformateurs de l’époque révolutionnaire
(…) ont voulu accomplir un progrès décisif en
instituant la privation de liberté comme pivot de la pénalité,
et en remplaçant les supplices par une "bonne prison"".
Mais cette "invention", pour reprendre le mot de Foucault,
est "décriée depuis sa naissance" (1).
Dès le XIXe siècle, des médecins comme Louis René
Villermé portent leur regard derrière les murs et font le
constat d’une hygiène déplorable et des effets délétères
de l’incarcération sur la santé des condamnés.
Lorsque des juristes comme Charles Lucas se penchent sur l’institution
carcérale, ils comprennent que les conditions de vie des détenus
interdisent tout espoir d’amendement et favorisent la récidive.
Et si des parlementaires en viennent à enquêter sur la prison,
ils ne peuvent qu’observer l’ampleur du désastre. Plus
encore, les citoyens qui, en dépit de leur position sociale, sont
amenés à faire un séjour derrière les barreaux,
font savoir avec force la nécessité de transformer l’institution.
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À la
recherche de la "bonne prison" {tab=suite2}
Des solutions
pénales réductionnistes Ce scepticisme sur les vertus de la prison n’impose en rien de renoncer à la transformer. Il est au contraire la condition nécessaire à des tentatives de réforme qui ne se bercent pas d’illusions. L’histoire récente nous le rappelle et nous propose, peut-être, un modèle. En 1971, sous la houlette de Foucault, le Groupe d’Information sur les Prisons déclare la prison "intolérable". Il double sa condamnation d’une lutte visant à faire connaître au dehors la parole, les revendications et les révoltes des personnes détenues. Il ouvre aussi la voie à une transmission d’informations nouvelle entre l’intérieur et l’extérieur, grâce à la publicité faite aux conditions de détention et à l’entrée (…) de la presse dans les établissements pénitentiaires. La rupture de l’opacité d’une institution qui, depuis deux siècles, s’était considérée, pour reprendre l’expression de Michelle Perrot, comme un "Etat dans l’Etat", a alors, selon le mot de l’historien Philippe Artières, fragilisé les murs. Elle donne l’idée de ce qu’il y a à gagner pour les détenus, et sans doute aussi pour les personnels de l’administration et pour la société dans son ensemble, à une véritable ouverture de la prison vers le monde extérieur. La transformation de l’institution dans le sens d’un rapprochement avec la société civile passe aussi par la reconnaissance définitive du droit derrière les murs. Comme l’a recommandé la Commission nationale consultative des droits de l’homme, cette "profonde réforme dans le domaine des droits des personnes privées de liberté" nécessite de considérer le détenu à la fois comme une personne humaine, un citoyen à part entière, un justiciable ordinaire et un usager du service public pénitentiaire. Ce "renversement de perspective" ne rendra pas l’institution carcérale tolérable. Elle tendra simplement à la rendre plus conforme à une exigence démocratique minimale. À l’inverse, en dénonçant l’alibi de la sécurité derrière lequel l’institution se retranche pour ne pas évoluer, en luttant pour abolir l’écart entre les droits effectifs et garantis des détenus et ceux du monde extérieur, on pose, à l’échelle de la peine de prison dans son ensemble, une nouvelle pierre à l’édifice intellectuel que Beccaria, dès 1764, s’était, pour la seule peine de mort, proposé de bâtir : "Si je prouve que cette peine n’est ni utile ni nécessaire, j’aurai fait triompher la cause de l’humanité". Jean Bérard {tab=notes} (1) Michel Foucault, Surveiller et punir, Gallimard, 1975. (2) Claude Faugeron, Jean-Michel Le Boulaire, "Prisons et peines de prisons, éléments de construction d’une théorie", Etudes et données pénales, n°61, 1991. (3) CNCDH, Etude sur les droits de l’homme dans la prison, mars 2004. {tab=interviews}
"La
bonne prison", naissance et mort d’un mythe {/tabs} pour commander le numéro, cliquez ici
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