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Libération, 04/11/11, «Avec les études, une autre vision de la détention» Imprimer Envoyer
Vendredi, 04 Novembre 2011 11:09

Véronique Soulé


éducation . La région Ile-de-France organisait hier une table ronde sur l'enseignement en prison pour faciliter l'accès à un cursus universitaire.

« J'ai passé un master et un doctorat en détention. Et si j'y suis arrivé, c'est grâce aux professeurs qui m'ont soutenu, à deux juges d'application des peines, à un directeur de prison qui y croyait et aussi à de bons surveillants - il n'y en a pas que des mauvais.» Christian, sorti en 2006 après neuf ans de prison, a tenu à témoigner, dans l'anonymat, sur ces années d'études qui ont transformé sa détention. « C'est une ouverture sur le monde et l'occasion de contacts, mais aussi une ouverture d'esprit, explique-t-il. Après avoir repris mes études, je n'avais plus la même vision de ma détention et de ma peine. »

Moyens. Le conseil régional d'Ile-de-France organisait hier une table ronde sur l'enseignement supérieur en prison avec la présence d'une vingtaine d'acteurs - représentants d'universités comme Paris-VII-Descartes ou Paris-Ouest (Paris-X), d'associations comme le Genepi (Groupe étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées), de l'administration pénitentiaire, etc. Objectif : trouver des moyens pour la région de faciliter l'accès des détenus au supérieur. Aujourd'hui, 11% ont un niveau bac, ou au-delà, qui leur permettrait de suivre des études supérieures. Mais ils ne sont que 3% à être effectivement inscrits. Certains suivent des formations à distance. Les autres, inscrits en droit, en histoire ou en lettres, mais très peu en sciences, suivent des cours derrière les barreaux. Pionnière, Paris-VII, qui a créé un service dès 1974, va suivre cette année 170 détenus. « La démocratisation du supérieur, avec l'amélioration des conditions de vie étudiante, sont des priorités pour la région, explique Isabelle This-Saint-Jean, vice-présidente (PS) chargée de l'enseignement supérieur et de la recherche, et cela concerne aussi les détenus en formation. » La région a décidé d'allouer 40 000 euros pour aider la « section des étudiants empêchés de Paris-VII », qui lance cette année un nouveau diplôme intitulé « formation aux humanités ». Elle réfléchit aussi à mettre en place des bourses pour les détenus-étudiants, d'autant qu'en choisissant de faire de se former, ils ne peuvent prétendre à un travail et perdent donc un (petit) salaire.
Les participants ont pointé deux grands obstacles à la poursuite d'un cursus universitaire : la mobilité des détenus qui, lorsqu'ils sont transférés, connaissent une brusque interruption et perdent souvent une partie de leurs matériels scolaires, et le sous-équipement informatique. Certains ont dénoncé « l'obsession de la sécurité » de l'administration pénitentiaire, conduisant au paradoxe que les prisonniers ont « plus facilement accès à la télé et aux jeux vidéo qu'à un ordinateur et à Internet ».
« Je parlerais plutôt d'impératif de sécurité », a expliqué Asmaa Laarraji, responsable du centre scolaire de Fresnes. Mais des efforts ont été faits : nous avons maintenant quinze cellules avec un poste informatique [pour un total de 7 500 prisonniers, ndlr]. L'éducation est par ailleurs une priorité pour nous, mais il s'agit d'abord de lutter contre l'illettrisme. » L'Ile-de-France a en outre un «handicap» : la plupart des centres de détention sont des maisons d'arrêt, réservées à des courtes peines. Le détenu-étudiant commence alors un cursus sans pouvoir le finir. A sa libération, faute de connaître l'université, il renonce souvent à s'inscrire, la procédure étant compliquée lorsqu'on sort de prison. D'où l'idée de créer un bureau pour aider à l'orientation.

« Arbitraire ». Des participants ont pointé certaines résistances de l'administration, pas toujours enthousiaste « à l'idée de voir des détenus apprendre à réfléchir et à résister autrement que par la violence ». Florence Aubenas, présidente de l'Observatoire international des prisons, a regretté que la possibilité d'étudier « reste soumise à l'arbitraire ». « Si un détenu est noté comme une forte tête, on peut la lui refuser. » Pour Serge Portelli, vice-président au tribunal de grande instance de Paris, « rien ne progressera sans une révolution des mentalités à l'égard de la prison ».


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