Les dispositifs de substitution à la peine de mort, élaborés dès 1978, ont allongé inexorablement le temps d’incarcération. Depuis, le code pénal ne cesse de se durcir, et de plus en plus de longues peines sont prononcées.
Ainsi, des milliers de détenus sont contenus dans des centrales qui génèrent et exacerbent des états de tension liés à ces temps infinis de détention. Ces hommes, dont la société se protège, sont loin d’être protégés par cette société au cours de leur enfermement, bien au contraire : la prison, avec sa surpopulation, sa crasse et sa misère génère un univers d’ultra violence dont personne ne peut sortir indemne.
Pour survivre dans cet univers parallèle, qui est en vérité la partie la plus obscure de notre système, il est nécessaire, pour ne pas sombrer dans la folie, de se réapproprier ce temps d’enfermement. Ce temps, si long qu’il en devient abstrait, est au centre de l’espoir et de la solitude de ces hommes, condamnés à l’oubli.
Jean Marc et Laurent ont passé tous deux plus de la moitié de leur vie enfermés. A l’âge où d’autres sont sur les bancs des lycées, ils ont été confrontés à la solitude des cellules d’isolement pendant des années.
Je n’ai pas choisi d’évoquer avec eux ce qui les a mené en prison.
Nous avons abordé leur perception du temps pendant leur incarcération, où chacun, à sa façon, a lutté pour survivre à la colossale épreuve du temps infini de leur peine.
Épris de liberté, ils ont trouvé la force de résister à la pression de ces années de souffrance.
Ils nous racontent ici comment.
Deux rencontres radiophoniques réalisées par Caroline Gimenez.