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"La France a rendez-vous avec ses prisons..."
Le
11 juillet dernier, alors qu'elle installait le Comité
d'orientation restreint chargé de réfléchir à
la future loi pénitentiaire, Rachida Dati promettait un "grand rendez-vous de la France avec ses prisons". Las, aucune
nomination n’est intervenue six mois après le vote de la loi
instaurant un Contrôleur général des lieux de
privation de liberté. Le gouvernement semble même
vouloir faire machine arrière et abandonner tout idée
de contrôle effectif, au profit de l'institution d'un Défenseur
des droits des citoyens, destinataire des "réclamations" de "toute personne s’estimant lésée
par le fonctionnement d’un service public". Quant à
la loi pénitentiaire, sa discussion aux Parlement n'a cessé
d'être repoussée. Désormais connues, ses
premières dispositions semblent, qui plus est, sonner le glas
de la réforme tant attendue et promise. A l’heure où,
pour la première fois, un tribunal vient de faire droit à
un détenu qui attaquait l’administration pénitentiaire
du fait de ses conditions indignes de détention, ce numéro
de Dedans Dehors passe en revue les points marquants de l’actualité
des prisons françaises.
Le
Parlement vient d’accepter la création de centres
socio-médico-
judiciaires de sûreté. Demain, si le
Conseil Constitutionnel entérine l’existence de ces nouveaux
lieux d’enfermement, les auteurs de crimes graves y seront retenus
à leur sortie de prison pour une durée potentiellement
infinie. Non pas en vertu d’un jugement sanctionnant une nouvelle
infraction, mais parce que considérés comme
éternellement « dangereux ». Le secret
médical sera battu en brèche et le dispositif de soins
en prison réorienté vers la prédiction des
risques. Enfin, les personnes souffrant de troubles mentaux
comparaîtront devant des juridictions pénales, qui
pourront leur imposer hospitalisation d'office et mesures de sûreté.
C’est ainsi que notre pays s’apprête à rompre avec
les principes affirmés dans la déclaration de 1789 et à
renoncer aux valeurs qui fondent sa tradition humaniste.
Le 14 mai 2008 le Conseil des
droits de l'homme des Nations Unies (ONU) a examiné « la
situation des droits de l'homme en France », dans le
cadre d'un nouveau mécanisme de contrôle, l' « examen
périodique universel », qui aura lieu désormais
tous les quatre ans. En amont, les organisations de défense
des droits de l'homme ont été invitées à transmettre leurs
observations au Haut commissariat aux droits de l'homme de l'ONU. Celui-ci est chargé d'établir une synthèse servant de base aux travaux du
Conseil qui aboutissent à une série de
recommandations. C'est à ce titre que la section française
de l'OIP a réalisé une contribution intitulée
« Contexte et situation pénitentiaires ».
Mobilisation contre l'instauration d'une "rétention de sûreté"
Après l'Assemblée nationale, le Sénat
s'apprête à voter un projet de loi qui prévoit l'enfermement des auteurs de crimes graves à
leur sortie de prison pour des durées d'un an indéfiniment renouvelables, non pas
en vertu d’un jugement sanctionnant une nouvelle infraction, mais parce
qu’ils auront été considérés dangereux.
Depuis plusieurs semaines, l'OIP prend, ou participe à, plusieurs initiatives afin de s'opposer à cette logique d'élimination et ce renoncement aux valeurs qui fondent notre tradition humaniste. Et notamment :
Propositions pour une loi pénitentiaire : un rapport ni fait ni à faire
Lundi 22 octobre 2007, le Comité d'orientation restreint (COR) a remis à la ministre de la Justice ses "premières propositions" en vue de l'élaboration d'une loi pénitentiaire (Lire l'article paru dans Libération). Le document dévoilé
par le COR appelle à
une double réaction, la première relativement à
la démarche générale du comité, la
seconde concernant le contenu des recommandations. Lire le communiqué de l'OIP
Invité par le COR a faire part de ses observation sur une future loi pénitentiaire, l'OIP a été auditionné par le comité le 15 octobre dernier.
Lire le texte de l'audition de l'OIP par le COR
guide du sortant de prison
CHAQUE ANNEE, 85 000 personnes sortent de prison.Après
avoir « payé leur dette » envers la société, comment reprennent-elles
pied dans le monde libre, comment renouent-elles avec leurs proches,
comment trouvent-elles un emploi, un logement, comment disposent-elles
d'un accès aux soins adapté, d'une aide matérielle ou psychologique ?
Deux chiffres témoignent des difficultés auxquelles elles sont
confrontées : trois personnes sur quatre sont libérées sans avoir pu
bénéficier d'un aménagement de peine, c'est-à-dire d'une phase de
transition entre le dedans et le dehors qui permette de préparer leur
retour au sein de la collectivité.
CP de Saint-Quentin-Fallavier : la famille d'un détenu tenue dans l'ignorance de sa tentative de suicide et de son hospitalisation dans un état critique
La section française de l'OIP informe des faits suivants :
Les proches d'un détenu de 23 ans incarcéré au centre pénitentiaire de Saint-Quentin Fallavier (Isère) ont appris fortuitement en se rendant au parloir que celui-ci avait été hospitalisé trois jours plus tôt dans un état critique. La réglementation prévoit pourtant une information immédiate de la famille dans ces circonstances.
Un détenu psychologiquement fragile devra attendre 14 mois son transfert pour rapprochement familial
La section française de l'OIP informe des faits suivants :
En dépit de grandes difficultés pour rencontrer ses proches et de son état de détresse psychologique, un homme maintenu au centre de détention de Nantes (Loire-Atlantique) se voit opposer un délai de 14 mois pour la réalisation du transfert qui lui a été accordé en vue d'un rapprochement familial, en raison du manque de place dans l'établissement de destination.
Maison d'arrêt de Chambéry :
trente heures pour hospitaliser une détenue atteinte de troubles cardiaques, faute d'escorte
La section française de l'OIP informe des faits suivants :
Faute d'escorte, l'hospitalisation d'une femme souffrant de problèmes cardiaques, incarcérée à la maison d'arrêt de Chambéry (Savoie), n'a pu être réalisée qu'une trentaine d'heures après la décision médicale. L'administration pénitentiaire invoque le manque de personnel l'empêchant d'assurer le transport vers l'hôpital, tandis que les policiers affirment ne pouvoir palier aux carences de la première. Un problème qui dure depuis des années et met en danger la santé des personnes incarcérées.
Centre pénitentiaire de Maubeuge : suicide d'un détenu maintenu au quartier disciplinaire malgré plusieurs actes auto-agressifs
La section française de l'OIP
informe des faits suivants :
Maintenu au quartier disciplinaire en dépit de plusieurs actes auto-agressifs, J.L., âgé de 28 ans, s'est pendu le 23 mai 2008 au centre pénitentiaire de Maubeuge (Nord). Il est décédé à l'hôpital le 31 mai 2008.