RFI.fr, 21 octobre 2006, « Le médiateur de la République dans les prisons », Dominique RAIZON
Environ 15 000 détenus ont répondu au questionnaire, soit un quart de la population pénitentiaire. Le ministre de la Justice Pascal Clément a annoncé, jeudi, lors d'une visite au centre de détention de Bapaume (Pas-de-Calais) que, dès 2007, «un contrôle externe et indépendant des prisons sera confié à Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République, afin de gérer les relations entre les détenus et l'administration». Parallèlement, la présence des délégués du médiateur dans les prisons devrait être étendue. Vendredi, l'Observatoire international des prisons (OIP) a présenté les résultats d'une consultation inédite menée auprès de quelque 60 000 détenus dans 190 établissements qui révèle que ces mesures ne sont pas un luxe.En confiant, dès l'année prochaine, le contrôle des prisons à une structure «étatique et indépendante», le garde des Sceaux, Pascal Clément, va mettre concrètement en œuvre les directives européennes en matière pénitentiaire. Le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, aura en charge cette nouvelle fonction qui lui permettra d'«intervenir dans les prisons et de formuler des recommandations» au ministère de la Justice. «Plutôt que de créer une nouvelle instance, nous avons fait le choix d'une autorité indépendante existante, celle du médiateur, sur le modèle des pays scandinaves», a précisé le ministère. Le médiateur de la République sera assisté, dans ses fonctions, par un groupe de contrôleurs -dont le mode de sélection et le cahier des charges n'ont pas encore été définis précisément. Par ailleurs, la présence de délégués du médiateur devrait être étendue. Cette année, ils sont intervenus dans dix établissements à raison d'une demi-journée par semaine, concernant ainsi quelque 7 500 détenus. En 2007, vingt-cinq nouvelles prisons supplémentaires seront concernées, ce qui devrait faire passer à 20 000 le nombre de bénéficiaires. L'expérience s'avère «très positive», d'après le ministère. En effet, placées sous la responsabilité de bénévoles, ces structures proposent une aide de proximité à des détenus en proie à des difficultés personnelles avec leur entourage, avec l'administration ou tout simplement avec leur mode de vie en prison. Elles permettent en outre une «meilleure réinsertion». L'annonce de ces nouvelles mesures par le ministre de la Justice a précédé de peu la présentation, par l'OIP, des résultats d'une vaste enquête menée auprès des acteurs du monde carcéral (détenus mais aussi surveillants, médecins etc.). En juin dernier, à l'initiative d'une dizaine d'associations dont la Ligue des droits de l'homme, Emmaüs et les syndicats d'avocats et de magistrats, les quelque 60 000 détenus des prisons françaises ont été invités à exprimer confidentiellement des doléances sur leurs conditions de vie en prison. Cette consultation a été parrainée par l'ancien garde des Sceaux, Robert Badinter. Pas assez d'alternatives à l'emprisonnement. Le fait de sonder les détenus est une première en France. Environ 15 000 détenus ont répondu au questionnaire (soit un quart de la population pénitentiaire). Dépouillée, l'enquête a révélé que l'institution carcérale est toujours minée par la surpopulation, que l'immense majorité des personnes privées de liberté demeure soumise à une promiscuité dégradante, que la violation de la dignité des personnes est toujours d'actualité. Le quotidien Libération rapporte que l'ensemble des acteurs (détenus, directeurs, surveillants et travailleurs sociaux) estiment qu'en ce qui concerne la «prévention suicide», il «faudrait redoubler de vigilance aux moments à risque de la vie du détenu et de mieux former le personnel». Les questions d'hygiène et d'intimité reviennent en leitmotiv dans les préoccupations des détenus. La prise en charge médicale également. Le garde des Sceaux a évoqué l'aménagement entre 2006 et 2008 de quelque 208 chambres sécurisées au sein des hôpitaux, l'objectif étant à terme de disposer de 250 chambres habilitées à recevoir des détenus dans 133 hôpitaux pour «favoriser les soins et, in fine, la réinsertion». Tout le monde s'accorde aussi à dénoncer une insuffisante préparation à la vie après la détention et deux détenus sur trois estiment que les alternatives à l'emprisonnement ne sont pas assez développées. Ce travail d'enquête, qui actualise la radiographie d'un univers somme toute opaque, doit servir de base de réflexion à des «Etats généraux de la condition pénitentiaire» prévus le 14 novembre prochain. A l'issue de cette journée, des «cahiers de doléances» seront remis aux candidats à l'élection présidentielle. Ces derniers seront invités à répondre le 11 décembre, dans le cadre des journées parlementaires sur la prison organisées conjointement par Christine Boutin (UMP) et André Vallini (PS), selon l'OIP.