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Nouvelobs.com 20-10-2006

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« Etre entendus » par Jean BERARD de l'OIP, propos recueillis par Laure GNAGBE

Que pensez-vous des résultats des questionnaires envoyés aux détenus sur la condition pénitentiaire rendus publiques par l'institut de sondage BVA ?
-
La première réclamation des prisonniers, c'est d'être entendus. C'est le premier point à mettre en évidence. Les statistiques indiquent que les détenus sont souvent issus d'un milieu précaire, coupés du milieu scolaire assez tôt. Ces personnes sont généralement complètement désabusées par rapport au milieu politique. Le fait que plus de 15.500 détenus aient pris le temps de remplir un questionnaire long et précis démontre à quel point ils souhaitaient interpeller l'opinion publique et les politiques. En ce qui concerne les surveillants, il faut mettre beaucoup de bémols au faible taux de réponse (1%). Contrairement aux détenus, ils n'ont pas eu un questionnaire papier mais devaient se connecter sur internet (comme pour les autres professionnels sondés : médecins et directeurs de prison, travailleurs sociaux, etc.). Il est évident que c'était un frein aux réponses. D'ailleurs, dans la prison de Rennes où le directeur a mis un ordinateur à disposition des surveillants, le taux de réponse a été beaucoup plus élevé. C'est pour cela que nous avons demandé au ministre de la Justice de nous autoriser à leur distribuer des exemplaires papiers. La réponse a été non.

Quelles sont les principales attentes des prisonniers ?

- Sur le contenu des réponses, on peut dire que la principale attente des prisonniers c'est la mise en place d'installations sanitaires (WC et douches) préservant l'intimité de la personne. Les questionnaires montrent que les prisonniers réclament prioritairement ce qui relève de "conditions matérielles élémentaires". Ensuite, beaucoup réclament plus d'intimité pour les visites. Il apparaît également tout au long des réponses le sentiment d'appréhension de la sortie. Quatre prisonniers sur cinq demandent à travailler, suivre des cours ou être formés en prison, pour une meilleure réinsertion. Quatre détenus sur cinq également demandent l'élargissement de la possibilité d'accès au dispositif d'urgence à la sortie de prison. Ca en dit long sur leurs attentes au point de vue de la réinsertion.

Mais concrètement, que peut-on espérer de ce sondage ?

- Tout d'abord c'est un constat pas facile à nier. C'est important parce que même le rapport du commissaire européen sur l'état de nos prisons, notre ministre de la Justice a trouvé le moyen de le mettre en doute. Là, plus de 15.000 personnes vont dans le même sens. Et puis, ce n'est qu'une étape des Etats généraux. Maintenant, nous allons travailler sur ces résultats et les comparer avec d'autres pays. Ceci va nous permettre de dégager des axes fondamentaux sur lesquels nous allons interpeller chaque candidat à la présidentielle.

 

REVUE DE PRESSE du Nouvel Observateur : « Les prisons en France »

Les commentaires de la presse, samedi 21 octobre, sur la publication de l'enquête sur le monde carcéral.

Le Monde
"Pour l'opinion, flattée sur ce point par les populistes de tous bords, la privation de liberté est un châtiment insuffisant. La prison doit, en plus, être un lieu de tourment. Pour reprendre l'expression de l'ancien garde des sceaux Robert Badinter, elle doit rester pour l'inconscient de chacun un lieu "misérable pour accueillir les misérables". M. Badinter parraine actuellement des "états généraux de la condition pénitentiaire", son initiative devant aboutir, au printemps 2007, à la publication de "cahiers de doléances" qui seront, eux aussi, soumis aux candidats à l'élection présidentielle. Comme pour l'enquête de l'Observatoire international des prisons, on attend avec intérêt les réponses des candidats à l'Elysée, qui, tant à gauche qu'à droite, se sont jusqu'à présent montrés pour le moins discrets sur l'avenir de la prison républicaine, préférant insister sur la répression plutôt que sur la réinsertion des délinquants et des criminels."

La Nouvelle République du Centre- Ouest, Daniel LLOBREGAT
"Que peut craindre le gouvernement des quelque 60.000 détenus entassés dans les prisons françaises ? Au pire des révoltes épisodiques motivées. En revanche, rien à redouter des électeurs qui, souvent, se fichent des conditions dans lesquelles vivent ces détenus et qui sont, de l'avis de tous ceux qui sont entrés dans une prison, indigne d'une société développée. Grâce à l'enquête conduite auprès des détenus par l'Observatoire international des prisons, avec la coopération des institutions, des associations et des syndicats du secteur, on sait aujourd'hui, de façon très fiable, que le bilan est accablant et qu'il appelle des initiatives urgentes et de grande ampleur. Il y a trois décennies, c'était la stuation de dénuement des personnes âgées qui faisait scandale en France. Aujourd'hui, c'est le sort des détenus qui doit interpeller les citoyens."

La République des Pyrénées, Jean- Marcel BOUGUEREAU
"Ceux qui, à tout bout de champ, parlent de "prisons trois étoiles", devraient plonger leur nez dans ces enquêtes. Ils verraient que les détenus ne réclament pas plus de confort mais bien des conditions matérielles élémentaires, qui en creux donnent une image terrible de la condition pénitentiaire. Des installations sanitaires préservant l'intimité de la personne. L'insalubrité des cellules. Le manque d'hygiène. Le respect des droits fondamentaux, certains citant "un manque de respect" des surveillants dont, est-ce un hasard, les principaux syndicats avaient appelés au boycott de cette consultation. Parmi les autres sujets de préoccupation, le travail, insuffisamment payé et, corrélativement, la mauvaise préparation à la sortie de prison. Et enfin à la question subsidiaire, "qu'attendez vous d'une réforme ?", la principale réponse porte sur le fait de "changer le regard de la société" sur la prison et la mobilisation de la classe politique. 

L'Alsace, André SCHELCHT
"De fait, le système de punition légale, indispensable dans un Etat de droit puisqu'il doit lui éviter la barbarie de l'impunité et de sa réaction - autodéfense et autojustice - ne peut être soumis aux revendications des justiciables comme une entreprise peut l'être aux desiderata d'une clientèle. Mais rigueur n'est pas inhumanité. La France a ainsi des progrès à faire pour amener son parc carcéral au meilleur niveau de ses partenaires. C'est dans l'intérêt de la société, qui ne doit pas perdre de vue que tout prisonnier, sauf à être condamné - et détenu - à perpétuité, finira par revenir en son sein. Et que les conditions du retour de ces personnes dépendent en partie de la collectivité."

La Charente Libre, Dominique GARRAUD
"L'activisme de l'Observatoire des prisons et de Robert Badinter ont déjà permis quelques avancées significatives dans la condition carcérale. La question pénitentiaire n'intègre cependant que marginalement le champ politique et le plus souvent par le prisme de la nécessité d'une répression accrue de la délinquance. Faire en sorte qu'une prison réellement républicaine cesse d'être l'Arlésienne des programmes politiques n'est certes placé en tête des priorités face aux dossiers lourds de l'emploi, de la santé, de l'éducation et de la sécurité. Mais le pragmatisme oblige pourtant à reconnaître que la prison est aussi un reflet de la société réelle et que l'ignorer revient à manquer à la mission de toute politique authentiquement républicaine."

 

 
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