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AFP 20-10-2006

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«  Les détenus de France font entendre leurs voix pour la première fois », Jean-Louis PANY

Du respect de leurs droits à la propreté des cellules en passant par la prévention du suicide ou la préparation de leur sortie, les détenus de France ont pour la première fois exprimé leurs préoccupations dans une enquête, dont les résultats ont été publiés vendredi. "On aurait pu s'attendre à ce que ce soit plein de cris et de hurlements. Il n'en est rien. Ce sont des voix citoyennes qui s'expriment", a souligné devant la presse Gabriel Mouesca, président de l'Observatoire international des prisons (OIP), organisation de défense des détenus initiatrice de l'expérience. Décryptée par l'institut BVA, la consultation a été lancée en partenariat avec le monde judiciaire et des associations comme Emmaüs ou la Croix-Rouge, sous l'égide du Médiateur de la République Jean-Paul Delevoye et Robert Badinter."La condition carcérale est structurellement mauvaise et indigne d'une nation comme la nôtre", a lancé l'ancien garde des Sceaux socialiste, soulignant qu'il n'y avait "jamais rien eu de comparable" à ce questionnaire. Il doit servir de base de réflexion le 14 novembre à des "Etats généraux de la condition pénitentiaire", durant lesquels des "cahiers de doléance" seront rédigés pour être remis aux candidats à l'élection présidentielle. Via le médiateur, les détenus ont été consultés sous pli fermé, tandis qu'avocats, magistrats, familles ou surveillants pouvaient répondre sur internet. De fait, ce sont surtout les détenus qui se sont épanchés. Un quart (sur quelque 60.000) a répondu tandis que BVA reconnaît un taux de retour "assez faible" des avocats et magistrats, la participation des surveillants n'atteignant que 1%."On ne change pas la prison sans son personnel", a commenté pour l'AFP le directeur de l'Administration pénitentiaire Claude d'Harcourt, tout en reconnaissant la "valeur" du sondage pour refléter l'opinion des détenus. Les conditions matérielles de vie sont leur principal sujet d'insatisfaction (82%), note BVA qui relève qu'il "ne s'agit en aucun cas de réclamer un plus grand confort mais bien des conditions matérielles élémentaires". 78% se disent "insatisfaits du respect des droits fondamentaux en prison", certains citant un "manque de respect" des surveillants. Un détenu sur deux réclame d'ailleurs en priorité un organe de contrôle extérieur, demande que le garde des Sceaux, Pascal Clément, vient d'anticiper en annonçant la création dès 2007 d'un "contrôle extérieur et indépendant des prisons" confié au Médiateur de la République. Magistrats et surveillants font de l'accès aux soins psychiatriques leur préoccupation majeure, et rejoignent les détenus pour juger la préparation à la sortie "insuffisante", 55% de ces derniers en faisant une action prioritaire.Ce taux monte à 70% pour les détenus souhaitant un travail rémunéré comme à l'extérieur, histoire d'éviter la pauvreté à la sortie. Deux sur trois estiment d'ailleurs que les alternatives à l'emprisonnement ne sont pas assez développées. Dans ces préoccupations, Robert Badinter déchiffre "un appel à la solidarité" et non "des cris de révoltés", à preuve leur première demande pour une réforme des prisons: "changer le regard de la société sur le détenu et mobiliser la classe politique". Soulignant qu'il avait autorisé ce questionnaire, Pascal Clément a relevé que son programme de construction et rénovation avait mis "18.000 places neuves dans les tuyaux". Face aux risques de suicide -préoccupation majeure des détenus-, il a déploré le manque de psychiatres dans le secteur public, appelant son collègue de la Santé à multiplier les postes.
 
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