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« Que le regard se détourne et tout peut arriver...»*

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affiche campagneOIP

 

Ici ou là, dans les médias, chacun pourra découvrir dans les jours et semaines qui viennent, cette affiche signée de l’Observatoire international des prisons. La proposition de l’Agence H (lire l'interview de T.Reichlin-Meldegg directeur de création de l'agence), qui a travaillé bénévolement à concevoir et réaliser cette campagne d’appel à don, s’est imposée. L’image est celle d’un jeune adulte qui nous regarde derrière les grilles de sa cellule. Sur cette image, un texte : « Si ça peut vous aider à donner, dites vous que cet homme est un chien » . Délibérément provocatrice, l’assimilation du prisonnier à un animal se veut bien évidemment réactive à la rhétorique sécuritaire qui, stigmatisant certains auteurs d’infractions par l’usage de termes comme « monstres » ou « prédateurs », sous-tend qu’ils perdent leur qualité d’être humain. Quant à l’interpellation sur les logiques qui président au geste de générosité, elle vise avant tout à contredire l’idée selon laquelle nos concitoyens seraient totalement indifférents au sort réservé, en leur nom, aux personnes détenues.

L’OIP déroge rarement à son mode de communication consistant à n’intervenir dans le débat public que pour faire état de situations concrètes ou de démarches législatives et règlementaires constitutives ou génératrices d’une violation des droits fondamentaux de la personne détenue. Il y a néanmoins un précédent dans l’histoire de notre association. En 1996, soit quelques années après sa création, le journal Ouest France avait accepté de faire paraitre à titre gracieux une campagne d’appel à don. Le « message » choisi à l’époque se voulait en phase avec l’idée première prêtée à nos concitoyens, celle d’une vision de la prison comme « école de la récidive ». L’affiche disait donc : « Pour passer du vol au crime, il suffit parfois de passer par la prison ». Résultat : des lettres d’injures et des coups de téléphone anonymes. Une véritable douche froide pour une organisation qui venait d’obtenir un statut consultatif auprès de l’ONU.

Le temps a passé, d’un siècle à l’autre, avec un changement d’échelle, quantitatif et qualitatif, dans l’information accessible pour connaitre de la réalité des conditions de détention dans notre pays. Il sera intéressant d’observer la nature et l’ampleur des réactions à une quinzaine d’années d’intervalle. Et tentant d’en faire une sorte de baromètre de l’évolution des mentalités. Ce n’est certes pas la seule ignorance des considérants de la vie derrière les murs qui a été jadis à l’origine des manifestations de haine à notre encontre. Le principe même d’une action en faveur du respect du droit à la dignité des personnes détenues a sans doute heurté nombre de consciences. Et, force est de constater qu’une telle démarche est de celles qui rencontrent le plus de difficultés à susciter l’adhésion du plus grand nombre. Chacun le sait. Nous le savons. Pour autant, il parait inconcevable de renoncer à solliciter le soutien financier du « grand public » au prétexte d’une possible nouvelle déconvenue. Nous le faisons cette fois en rappelant la nécessité de ne pas insulter l’avenir, c’est-à-dire en l’invitant à refuser avec nous que des hommes et des femmes puissent être traités comme des animaux en cage. 

 

Patrick Marest

* Christine Daure-Serfaty, ancienne présidente de l’Observatoire international des prisons, secrétariat international.

Pour visionner la vidéo associée à cette campagne cliquez ici.

 

 
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